04 mars 2008

La Namibie en 4X4 Aventures équestres
Texte : Emmanuel THERET. Reproduction non autorisée.
Le mot "safari" a pris de nos jours une connotation magique qui évoque en général quelques images au charme suranné : campements de tentes dans la savane, aventuriers vêtus de kaki, animaux sauvages à l'allure majestueuse, paysages vierges dignes du jardin d'Eden, peuples indigènes nous ramenant à nos propres origines. Bref, toute une Afrique dont les beautés naturelles sont devenues très exotiques dans nos nations modernes et industrialisées. Sans doute réducteurs, ces clichés sont pourtant à l'origine du rêve que chacun veut exaucer en allant vivre la fascinante expérience d'un safari en Afrique.
Activité élitiste dans les années 1900, le safari est soudain devenu un phénomène de masse cinquante ans plus tard. Pour comprendre l'origine de cet engouement, il faut se rendre au Kenya, là où tout a commencé...
"Safari" est un terme swahili désignant un long voyage à pied. Son origine étymologique vient de l'arabe "safara", signifiant "voyager". Il faut se rappeler en effet que les marchands d'Oman et du Yémen ont implanté leurs cités commerçantes sur la côte orientale de l'Afrique dès le 8ème siècle, imprégnant ainsi la région de leur culture et de leur langue.
Fondé au 10ème siècle par des Perses exilés de Shiraz, le sultanat de Kilwa devient rapidement le centre de négoce le plus florissant de la côte. En plus du commerce de l'or et des esclaves qui a fait sa fortune, la ville exploite les richesses locales comme l'ivoire d’éléphant et d’hippopotame, les cornes de rhinocéros, les écailles de tortue ou les peaux de léopard... Au 12ème siècle, les marchands perses étendent leur influence sur la traite de l'ivoire et des esclaves en envoyant des expéditions dans l'intérieur des terres. Constituées d'une escorte armée et de dizaines de porteurs swahilis chargés de marchandises, ces caravanes traversent la savane en suivant les pistes animalières et poussent leurs "safaris" jusque dans la région des Grands Lacs pour faire du troc avec les chefs de tribu locaux.
La traite de l'ivoire et des esclaves en Afrique de l'Est, qui existe depuis l'Antiquité, va prendre une grande ampleur au 18ème siècle sous la domination des villes de la côte par le sultanat d'Oman. Dans ce qui est aujourd'hui la Tanzanie, une route caravanière part alors du Lac Victoria jusqu'à Bagamoyo, face à l'île de Zanzibar, et une autre plus au sud, du Lac Nyasa jusqu'à Kilwa.
Marché de l'ivoire à Zanzibar, 1880-1890.
Dans leur quête obsessionnelle des sources du Nil, les premiers explorateurs européens comme David Livingstone, Richard F. Burton, John H. Speke, James A. Grant et Samuel W. Baker emprunteront les voies de l'esclavage pour s'enfoncer au cœur du continent. On attribue généralement à Richard F. Burton (1821-1890) d'avoir introduit le mot "safari" dans la langue anglaise par ses nombreux récits de voyages en Afrique, édités dans les années 1860.
En 1885, les puissances européennes se partagent l'Afrique au Congrès de Berlin. L'Afrique Orientale Britannique, un temps administrée par l'Imperial British East Africa Company, passe sous la direction du Foreign Office en 1895 en devenant un protectorat.
En 1896, le gouvernement britannique entreprend la construction d'une ligne de chemin de fer entre Mombasa et Kisumu, en Ouganda, région passée également sous protectorat britannique. En 1899, dans un endroit marécageux et inhabité correspondant au Mile 326, la compagnie Uganda Railway installe un dépôt ferroviaire autour duquel se construit bientôt la petite ville de Nairobi. De nombreux colons britanniques ne tardent pas en effet à venir s'installer dans cet endroit idéalement situé en altitude où le climat est beaucoup plus supportable qu'à Mombasa.
Convoi de la compagnie Uganda Railway, 1899-1902. En 1898, les travaux ont été interrompus pendant plusieurs mois dans la région de Tsavo à cause de deux lions mangeurs d'hommes.
En 1905, la British East Africa acquiert le statut de colonie et son administration en est confiée au Colonial Office. La même année, Nairobi devient la capitale du protectorat britannique en remplacement de Mombasa.
La ville se développe alors autour du tourisme, car les vastes étendues sauvages aux alentours sont peuplées d'une faune incroyablement abondante, et en particulier de ces animaux appelés royal game (gibier royal) dont la chasse est la plus valorisante car sans conteste la plus risquée : éléphant, buffle, rhinocéros et lion. De nos jours, c'est sous la fameuse appellation big five, les "cinq grands" que l'on regroupe ces animaux, en y ajoutant le léopard.
Une vue de Nairobi, vers 1899-1902.
La chasse au gros gibier, alors considérée comme un sport (sportsmanship), attire déjà une riche clientèle d'aristocrates européens et d'industriels américains. En l'absence de toutes structures, ces voyageurs avides d'aventures organisent eux-mêmes leur expédition en brousse, souvent dans le plus grand amateurisme. Arrivés de Mombasa par le train, ils font le tour de la ville pour trouver un guide, engager des porteurs et acheter le matériel nécessaire. Inutile de dire que ces premiers safaris se terminent parfois en fiasco...
C'est pour répondre à cette demande que Victor Newland et Leslie Tarlton créent en 1904 leur compagnie de safari, Newland, Tarlton & Co, Limited. Les deux associés inaugurent ainsi l'ère des safaris de chasse en inventant le concept de l'expédition en brousse organisée par des guides professionnels.
Le Duc de Connaught, fils de la Reine Victoria, Lord Delamere, future grande personnalité politique de la colonie, le naturaliste Carl Akeley, précurseur talentueux de la taxidermie moderne, le Colonel Patterson, célèbre pourfendeur des lions mangeurs d'hommes du Tsavo, et le Général Baden-Powell, qui créera bientôt le scoutisme, sont quelques unes des célébrités que Newland, Tarlton & Co, Limited a déjà emmené en safari deux ans après sa création. En 1909, c'est le 26 ème président des Etats-Unis, Theodore Roosevelt, qui louera les services de la compagnie.
Couverture du magazine "The Globe Trotter" présentant les illustres clients de Newland & Tarlton pour l'année 1906.
L'entreprise de Newland et Tarlton fait très vite des émules parmi les chasseurs de la ville, et d'autres compagnies se créent afin d'organiser le séjour de ces clients aisés venus d'Europe et d'Amérique pour vivre le grand frisson de la chasse au gros gibier en Afrique.
Les locaux de "Newland Tarlton & Co Ltd" à Nairobi en 1909.
L'organisateur (outfitter) s'occupe de rassembler le matériel de bivouac, d'acheter les vivres et de louer les services d'employés africains sans lesquels un safari est impossible : porteurs (parfois jusqu'à plusieurs centaines), gardes armés (askaris), garçons de tentes (tent boys), porteurs de fusil (gun bearers), palefreniers (saises) pour les chevaux et les mules, conducteurs de chariot à bœuf (ox gharries), chef de troupe (headman), cuisiniers, interprètes... Ce n'est que dans les années 1910 que les premiers véhicules à moteur feront leur apparition en Afrique de l'Est, réduisant grandement les effectifs de ces expéditions de chasse.
Comme une petite armée, ces équipes d'indigènes sont très hiérarchisées. Les porteurs sont au bas de l'échelle tandis que le chef de troupe et le cuisinier sont les tenants d'une certaine "aristocratie". L'employeur doit faire preuve à la fois d'autorité pour être respecté, et de tact pour ne pas froisser les susceptibilités.
Le Bureau of Native Affairs a définit des règles très précises concernant le recrutement et les conditions de travail de ces employés. Lors de son voyage au Kenya en 1921, Osa Johnson note à ce sujet : "Chaque noir employé par un blanc est enregistré au bureau et doit être en possession d'une carte d'identification (kapandi) avec empreintes digitales et description. La désertion est un délit punit d'emprisonnement, à moins que l'indigène ne prouve un traitement contraire aux règlements. L'employeur blanc, pour sa part, doit fournir à chaque homme une gourde, une couverture ainsi qu'une ration journalière de deux livres de farine de maïs, une seule quand il y a de la viande. Un porteur ne peut se voir attribuer une charge de plus de soixante livres (27 kg) ou marcher plus de quinze miles par jour (24 km)." (I Married Adventure, J.B Lippincott Company, Philadelphia, New York, 1940). (Traduction : Emmanuel THERET)
Porteur de fusil, askari, garçon de tente, porteur.
(Dessin de John T. McCutcheon, "In Africa", 1910).
En 1909, un safari d'un mois organisé par Newland & Tarlton coûte 500 dollars par personne (ce qui équivaut à 9000 dollars en 2005). Ce prix inclut les tentes, la nourriture et tous les employés indigènes. Les autres frais (munitions, vêtements, médicaments, assemblage des trophées, droits d'import-export) sont à la charge du client.
De nos jours, un safari pourrait se définir comme une excursion de quelques heures dans un parc national ou une réserve privée pour observer et photographier une faune sauvage protégée, alors qu'au début du 20ème siècle, dans un contexte très différent de notre époque, un safari est une expédition de chasse qui peut durer plusieurs mois. En ce temps-là, tous les amoureux de la nature africaine - explorateurs, photographes, naturalistes - sont forcément chasseurs ou anciens chasseurs. Ce fait de civilisation n'évoluera qu'à la décolonisation dans les années 1950 avec les mesures sur la protection de la faune. La chasse est toujours très présente en Afrique du Sud et en Tanzanie, mais de manière bien contrôlée, alors qu'ailleurs en Afrique, une autre forme de chasse, illégale celle-ci, continue de menacer la survie de certaines espèces animales en grave danger de disparition...
La photographie animalière n'en est qu'à ses débuts, car les premiers appareils photos de petits formats ont des focales courtes, ce qui bien sûr limite grandement les prises de vue de la faune dans son milieu naturel. A la fin des années 1900, les appareils photos emportés en safari sont principalement le 3A Folding Pocket Kodak, le Naturalist's Graflex et le Verascope stéréoscopique.
Sans téléobjectif, les animaux ne peuvent être photographiés de près qu'après avoir été abattus. En gros plan, ils offrent ainsi le spectacle pathétique d'une masse inerte au regard vitreux, souvent affaissée sur elle-même par la balle de fusil qui vient de la tuer net. Ces poses avachies sont loin de présenter la faune africaine à son avantage. Ce n'est de toute façon pas le propos des premiers ouvrages sur l'Afrique de l'Est comportant des photographies, l'auteur étant plutôt soucieux de démontrer ses talents de tireur. Il faut se rappeler qu'à l'époque on considère généralement que les animaux sauvages, aussi majestueux soient-ils, sont faits pour être tués : apercevoir une bête magnifique sans la mettre en joue serait perçu comme un incompréhensible gâchis. La faune des réserves africaines est d'ailleurs désignée par le terme assez révélateur de "game" (gibier), et dans les mémoires des chasseurs en safari au début du 20ème siècle, les animaux de grande taille qui inspirent la crainte, tels les rhinocéros, les éléphants ou les buffles, sont couramment gratifiés du qualificatif un peu dédaigneux de "brutes"... Les photos post-mortem sont parfois prises dans un but scientifique par les naturalistes, mais la plupart du temps, c'est comme souvenir que les chasseurs immortalisent leur pose triomphante sur le cadavre de leur "gibier royal".
Le taxidermiste Carl E. Akeley (1864-1926), initiateur des superbes dioramas du "Musée Américain d'Histoire Naturelle" de New York, lors de son séjour en Afrique de l'Est entre 1909 et 1911.
D'une manière générale, la photographie demeure encore largement centrée sur l'humain, et l'animal n'y apparaît que comme un faire-valoir ou une curiosité exotique. Les nantis qui peuvent s'offrir un safari en Afrique de l'Est viennent généralement assouvir un vieux fantasme d'aventure. Leur vision idéalisée de la chasse, où se mêle performance sportive et privilèges aristocratiques, s'est nourrie des récits d'explorateurs comme Henry M. Stanley, Joseph Thomson ou le comte Teleki von Szek. Pour venir jusqu'en Afrique, ces riches clients ont engagé beaucoup d'argent dans tout leur équipement, leur long voyage en bateau et l'organisation de leur séjour sur place. En safari, ils se concentrent donc sur le but premier de leur aventure, la chasse aux trophées, et les appareils photos emportés dans leurs bagages servent avant tout à garder une trace de leurs exploits.
Les chasseurs en safari s'essayent parfois à quelques photos de grands mammifères pris sur le vif au hasard d'une rencontre, tels des hippopotames sur les berges d'une rivière ou une girafe accroupie dans la savane. Mais ce genre de clichés reste très anecdotique pour ces photographes amateurs plus intéressés par la chasse au fusil que par la chasse à l'image. La photographie animalière est une science complexe qui nécessite de la patience et une grande connaissance de la faune. Les animaux d'Afrique en l'occurrence restent encore largement méconnus à l'époque. Bref, dans les années 1900, la photographie animalière ne pourrait justifier à elle-seule un voyage en Afrique, comme c'est le cas de nos jours.
Seuls quelques rares photographes expérimentés possédant un matériel performant peuvent espérer obtenir des clichés intéressants de la faune africaine dans son milieu naturel. L'allemand Carl Georg Schillings (1865-1921) fait partie de ces pionniers du safari-photo. Chasseur devenu naturaliste, il écrit dans son recueil de photos Mit Blitzlicht und Büchse (R. Voïgtländer, Leipzig, 1905) que "le meilleur sport qui soit pour un esprit cultivé, c'est bien plus de photographier que de truffer de plomb les éléphants, rhinocéros, antilope, zèbres, et autres bêtes ou oiseaux inoffensifs, magnifiques et rares". (Traduction : Emmanuel THERET)
La traduction anglaise de "Mit Blitzlicht und Büchse" ("Avec un flash et un fusil") paraîtra chez Hutchinson and Co (Londres, 1906) sous le titre "With Flashlight and Rifle".
Schillings effectue quatre séjours en Afrique de l'Est entre 1896 et 1903. Au cours de ses safaris, il étudie la faune sauvage et prend des photos animalières sur plaques de collodion humide, réalisant des clichés très innovateurs pour l'époque, en particulier des scènes de chasse prises de nuit au flash.
Matériel photographique de Schillings.
Un des appareils photo de Schillings.
Schillings est aussi un précurseur dans la protection de la nature. Son livre ayant remporté un grand succès de librairie en Allemagne, en Angleterre et aux Etats-Unis, il donne de nombreuses conférences en Europe et milite pour des lois internationales visant à contrôler le commerce des espèces animales. Ses projets de lois seront contrariés par le déclenchement de la Première Guerre Mondiale et ne verront finalement le jour que bien plus tard, lors de la convention de Washington en 1973.
Schillings est notamment l'un des premiers naturalistes à prôner la notion d'interdépendance écologique, à une époque où les animaux sont classés entre "utiles" et "nuisibles" en fonction de leur impact sur les activités humaines. Des prédateurs comme les lions, les léopards, les lycaons et les crocodiles peuvent alors être chassés sans permis en Afrique de l'Est parce qu'ils s'attaquent au bétail des fermiers. A contre-sens des mentalités de l'Afrique coloniale, Schillings proclame dans ses écrits : "Il faut se débarrasser de la stricte différenciation entre "nuisible" et "utile" et protéger la flore et la faune dans sa totalité". Il reconnaît ainsi le rôle essentiel des prédateurs dans leur écosystème, illustrant son propos d'un état de fait qu'il a lui-même constaté sur le terrain : "Là où il y a quantité de lycaons, il y a du gibier en abondance, et inversement."(Traduction : Emmanuel THERET)
En avance sur son temps à bien des égards, Schillings reste un homme de son époque sur certains aspects de son travail, notamment en recourant à des procédés pour le moins cruels dans la réalisation de ses clichés de nuit, n'hésitant pas à attacher un âne, un veau ou une chèvre à un arbre pour attirer un prédateur et obtenir une photo à sensation.
Un autre pionnier du safari-photo est l'américain Arthur Radclyffe Dugmore (1870-1955). Chasseur lui-aussi, il s'est pris de passion pour la photographie animalière et publie dès 1902 un ouvrage d'ornithologie avec ses propres clichés pris dans l'Est des Etats-Unis. Ayant toujours rêvé de découvrir l'Afrique, idéalisée par ses lectures de Samuel W. Baker, il se décide à y partir en découvrant les photos de Schillings dans son livre With Flashlight and Rifle. En 1910, Dugmore arrive à Nairobi où il réunit une équipe de porteurs et de guides pour quatre mois d'expédition. Dès le début de son safari-photo, qui le mènera jusqu'au lac Victoria en Ouganda, A. Radclyffe Dugmore est fasciné par les animaux qu'il rencontre. "Il n’y a pas de mots pour traduire la magnificence du spectacle qui s’étalait à nos yeux émerveillés et surpris" écrit-il dans son livre Camera Adventures in the African Wilds (Doubleday, Page and Company, New York, 1910). En approchant la faune au plus près, il prend souvent de grands risques, et constate au passage que "tirer sur les animaux est incomparablement plus facile que de les photographier". (Traduction : Emmanuel THERET)
Ce rhinocéros noir chargeant Dugmore et l'un de ses compagnons a été photographié à une quinzaine de mètres. Le cliché pris, la bête a été aussitôt abattue. Sans téléobjectif à longue focale ni automobile protectrice, la seule solution pour photographier un animal dangereux en s'en approchant le plus près possible était de le provoquer avant de le tuer.
Pour ses photos animalières en Afrique, Dugmore utilise un appareil de type reflex à longue focale qui pèse 17 livres (environ 8 kilos). Ses clichés sont pris sur plaques orthochromatiques. La plupart du temps, il n'emploie pas de trépied. Son téléobjectif grossit les sujets de trois à cinq fois (longueur focale de 40 à 60 pouces).
Photo de nuit prise au flash à une douzaine de mètres du fauve. Dugmore et son assistant sont alors cachés sous une haie d'épineux.
Dans son ouvrage Camera Adventures in the African Wilds, Dugmore publie une série de 140 photos, dont certaines prises de nuit au flash de magnésium. Une édition française paraîtra aussi à Paris chez Hachette : "Les Fauves d'Afrique photographiés chez eux" (1910) présente 58 clichés de l'auteur.
Dans le dernier chapitre de son livre, Photographic Hints and Outfit, Dugmore déclare :
"Le temps est venu à présent de considérer la photographie comme un sport. Malheureusement, peu de gens désirent s'investir dans cette activité avec la persévérance nécessaire pour s'assurer une chance de succès. Non seulement le sportif photographe doit avoir de grandes connaissances sur les animaux et leurs habitudes, mais il doit aussi être bien plus compétent dans l'art de l'approche que le chasseur au fusil. Tirer sur les animaux est incomparablement plus facile que de les photographier. Pendant des années, j'ai adoré chasser comme personne; aujourd'hui, après dix ans de chasse à l'image, j'ai perdu toute envie d'utiliser mon fusil. C'est peu excitant, en général trop facile pour être intéressant. Un animal qui est assez proche pour être photographié peut être abattu sans la moindre difficulté, mais un animal qui peut être abattu ne peut pas être photographié."(Traduction : Emmanuel THERET)
Depuis la création en 1872 du Parc National de Yellowstone aux Etats-Unis, la préservation de l'environnement et la conservation des espèces sont des idées nouvelles qui se sont développées dans le monde entier. La presse des grandes capitales, principal média au 19ème siècle, se fait l'écho de l'inquiétante disparition des espèces animales.
Le gouvernement britannique, qui veut tirer les leçons du massacre de la faune en Afrique du Sud, a créé dès les années 1880 des réserves de gibier (game reserves) dans ses possessions africaines au Soudan, en Ouganda, en Rhodésie, en Somalie et en Afrique Orientale.
Dans la zone au sud de Nairobi, entre la ligne de chemin de fer Mombasa-Kisumu et la frontière avec l'Afrique de l'Est Allemande (Deutsche Ost Afrika), l'administration britannique a notamment instauré en 1899 la Ukambe Game Reserve, qui devient la Southern Game Reserve en 1906. Dans ce périmètre de plus de 17 000 km carrés, le Game Deparment essaie de contrôler le braconnage et régit la chasse légale par la détermination de quotas en fonction des espèces. De cet ancien territoire "protégé", ne subsiste aujourd'hui que le petit parc national d'Amboseli (392 km2) créé en 1974.
En 1907, l'Afrique Orientale Britannique compte une deuxième réserve plus vaste encore que la Southern Game Reserve. Tracée à la règle sur une carte de manière très empirique, comme c'est souvent l'usage à cette époque, la Northern Game Reserve est établie entre le plateau de Laikipia et le lac Rudolf (futur lac Turkana).
Carte de l'Afrique Orientale Britannique, 1907.
Les idéaux de conservation prônés par le gouvernement de Londres se heurte à certaines réticences de la part des colons blancs établis dans les hautes-terres de l'Afrique de l'Est Britannique. Les mentalités y sont en effet imprégnées d'un esprit pionnier comparable à celui de la conquête de l'Ouest américain. Dans cette vision individualiste et volontariste, la nature est un obstacle au progrès, une rivale à dominer, et vouloir vivre en symbiose avec elle serait simplement considéré comme une faiblesse. La colonisation de ce Far East Africain passe donc par l'extermination de la faune locale dont la présence est incompatible avec l'établissement de l'élevage et de l'agriculture. Les fermiers blancs sont particulièrement remontés contre les lions, qui s'attaquent au bétail, et les zèbres qui détruisent les champs.
Les autorités sur place encouragent les safaris de chasse car elles en tirent des profits substantiels en faisant payer des taxes d'import-export (10%) et des taxes d'abattage. En 1909, une licence de chasse de 50 livres sterling (ou 250 dollars) valable un an permet de tuer ou de capturer 2 buffles, 2 hippopotames, 2 rhinocéros, 3 gnous, 4 marabouts, 10 damalisques, 22 zèbres, 26 bubales, 84 colobes et 247 antilopes (1 éland, 1 grand koudou, 1 hippotrague mâle, 1 antilope rouanne, 2 cobes defassa, 2 sitatungas, 2 bongos, 4 petits koudous, 4 cobes de Thomas, 4 impalas, 4 gérénuks, 6 oryxs, 6 hirolas, 9 gazelles de Grant, 10 gazelles de Thompson, 10 gazelles de Peter, 10 gazelles de Soemmering, 10 oréotragues, 20 sunis, 20 reduncas, 20 guibs, 30 duikers, 30 ourebias, 40 dik-diks).
Pour 10 livres supplémentaires, on peut obtenir une licence spéciale pour abattre un éléphant et une girafe mâle. Une autorisation pour un second éléphant est octroyée pour 20 livres de plus, cette somme étant remboursée en cas d'échec. Les lions, léopards, hyènes et phacochères peuvent être chassés sans limite, car ces animaux sont considérés comme "vermine".
Ces chasses excessives finissent cependant par inquiéter, et dès les années 1910 des partisans de la conservation réprouvent ouvertement la politique des fermiers blancs favorables à l'éradication de la faune locale. Dans ses mémoires, Osa Johnson raconte qu'à son arrivée à Nairobi en 1921, l'un de ses nouveaux amis, Blayney Percival, gardien de réserve depuis 20 ans, était véritablement exaspéré par les "soi-disant chasseurs de gros gibier qui venaient toujours plus nombreux flatter leur égo avec des trophées parfois obtenus sans vergogne, et dont l'envie de tuer ne tarderait pas à devenir une menace pour la faune africaine". (I Married Adventure). (Traduction : Emmanuel THERET)
C'est en Afrique de l'Est qu'apparaît le terme great white hunter (grand chasseur blanc), ainsi que se nomment eux-mêmes les premiers guides de chasse professionnels. Le métier existe toujours à notre époque dans les pays africains qui autorisent la chasse au gros gibier, mais le terme a changé pour devenir professionnal hunter (chasseur professionnel). Avant de devenir guide de safari, les premiers "chasseurs blancs" ont déjà mené une vie d'aventures en Afrique... Alan Black a accompagné Lord Delamere lors de son expédition en Somalie en 1896. Frederick Selous, lui, a exploré l'Afrique australe et participé à deux guerres en Rhodésie. R. J. Cunninghame, quand il prend le poste de guide en chef de Newland, Tarlton & Co, a été chasseur d'éléphants professionnel et transporteur à cheval en Afrique du Sud. Suivront à la génération suivante des personnalités tout aussi charismatiques comme John A. Hunter, Philip Percival, ainsi que Bror von Blixen et Denys Finch-Hatton, respectivement le mari et l'amant de Karen Blixen, l'auteur du célèbre roman autobiographique Out of Africa (1937).
Ouvert officiellement le jour de Noël 1904, l'hôtel Norfolk devient un endroit incontournable à Nairobi pour les départs en safari. Les clients arrivent alors en pousse-pousse depuis la gare, à un mille de là, sur un chemin poussiéreux plein d'ornières qui se transforme en bourbier par temps de pluie. L'hôtel est fier d'offrir un confort inégalé dans cette partie de l'Afrique : 34 chambres avec lits à ressorts, baignoires et eau chaude, une salle de billard, un grand bar bien approvisionné, une salle à manger pouvant accueillir une centaine de convives, et un chef de cuisine débauché du Waldorf Astoria de New York. L'électricité sera installée à l'hôtel dès 1908.
Norfolk Hotel, 1909.
Dans les coursives de cette luxueuse bâtisse, l'atmosphère d'élégance et de romantisme se mêle à un parfum d'aventure : à cette époque, les hippopotames vivent encore dans la rivière au fond du parc, et les lions rôdent dans les plaines devant l'hôtel.
John T. Mc Cutcheon, effectue un séjour de 4 mois et demi dans la région en 1909, et dans son ouvrage In Africa (The Bobbs-Merrill Company, Indianapolis, 1910) , il écrit à propos de Nairobi :
"De n'importe quel endroit de la ville ou presque, si l'on regarde vers les plaines, on peut voir en permanence de grands troupeaux d'animaux sauvages. En une seule heure de promenade depuis la gare, un homme avec un fusil peut abattre des bubales, des zèbres, des gazelles de Grant et de Thompson, des impalas, et probablement des gnous. On ne réussirait pas à compter tous les animaux qui paissent constamment aux abords de la ville de Nairobi, et il est difficile de ne pas croire qu'il s'agit là de troupeaux de bétail. De temps en temps, comme cela s'est passé deux nuits avant notre arrivée à Nairobi, un lion en maraude fait dévaler dans la ville une harde de zèbres qui dans leur folle chevauchée détruisent les jardins, les clôtures et les fleurs." (Traduction : Emmanuel THERET)
Dessinateur au Chicago Tribune, John T. Mc Cutcheon est doté d'un solide sens de l'humour qui rendent ses aventures africaines très divertissantes à lire (Illustration de John T. Mc Cutcheon, In Africa).
Les chasseurs de Nairobi ont l'habitude de se retrouver au bar de l'hôtel dans l'après-midi. Les guides professionnels, habillés d'uniformes pittoresques à la Buffalo Bill, avec leurs éperons, leur couteau de chasse et leur grand chapeau mou, croisent les chasseurs amateurs en tenue kaki et casque colonial. Les clients de retour de safari se reposent dans les chaises longues de la véranda en lisant les vieux journaux de Londres qui traînent sur les tables. A l'entrée de l'hôtel, il y a souvent une grande activité de cavaliers et de pousses-pousses qui arrivent ou repartent.
Au bar de l'hôtel Norfolk (Illustration de John T. Mc Cutcheon, In Africa).
C'est de l'hôtel Norfolk que l'ex-président des Etats-Unis, Theodore Roosevelt, part en 1909 pour son expedition à but scientifique au profit de la Smithsonian Institution de New York et du National Museum de Washington. Ce safari de tous les records n'aura pas d'autre équivalent par la suite. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 11 mois à travers l'Afrique de l'Est Britannique, le Congo Belge, le Soudan et l'Egypte pour un coût total de 100 000 dollars de l'époque (équivalent à 1,8 millions de dollars en 2005), 250 porteurs en uniformes, 4 tonnes de sel pour la conservation des peaux, 11397 spécimens "collectés", de l'insecte au pachyderme, dont 4000 petits mammifères et 512 gros animaux, incluant notamment 11 éléphants, 17 lions et 20 rhinocéros.
Dans son livre African Game Trails (Charles Scribner's Sons, New York, 1910) où il raconte les souvenirs de sa "Grande Aventure", Theodore Roosevelt se définit comme une "chasseur-naturaliste". Au regard du grand nombre d'animaux massacrés, il reste donc logique avec lui-même en déclarant à ses détracteurs :"On ne peut me condamner que si l'on condamne l'existence du Musée National, du Musée Américain d’Histoire Naturelle, et de toutes les autres institutions zoologiques". (Traduction : Emmanuel THERET)
Roosevelt prend la pose du chasseur triomphant sur la nature sauvage; ce genre de photo est assez typique d'une époque où l'on croyait que la faune était inépuisable.
Certes, on peut convenir que la science à l'époque avait grand besoin de ces spécimens pour les étudier, et que la plupart des collections animalières que l'on prend plaisir à visiter de nos jours dans les musées sont issues de ces expéditions du début du siècle. Cependant, il est certain que les motivations de T. Roosevelt étaient beaucoup plus égoïstes. Prendre prétexte d'une expédition à but scientifique pour perpétrer un tel carnage est une affaire de conscience qui se justifie difficilement, surtout de nos jours, quand la biodiversité est en train de disparaître.
Illustration de Philip R. Goodwin, African Game Trails.
Durant son séjour en Afrique de l'Est Britannique, Theodore Roosevelt est accompagné par un photographe animalier d'origine britannique, Cherry Kearton (1871-1940). Ce dernier, en collaboration avec son frère Richard, a édité en 1898 un ouvrage ornithologique qui a fait date : British Birds' Nests (Cassell and Compagny, Limited, London) est en effet le premier livre d'histoire naturelle où les illustrations ont été remplacées par des photographies. En Afrique de l'Est, Cherry Kearton s'essaye à filmer des scènes de la faune et des indigènes avec une caméra à manivelle. A son grand regret toutefois , il ne parvient pas à tourner des images de lions. Ce documentaire édité en 1910 sous le titre Roosevelt in Africa préfigure les films de safari, un genre qui remportera un grand succès dans les salles de cinéma américaines dans les années 1920-1930, puis à la télévision dans les années 1960 avec les reportages produits par la BBC. Cherry Kearton tournera ensuite de nombreux documentaires en Afrique : A Journey To The Inner Africa (1911), Life In The Sudan (1925), Tembi (1929)...
En 1914, Karen Blixen arrive à l'hôtel Norfolk après un mois et demi de voyage depuis le Danemark. Le futur auteur du roman autobiographique Out of Africa vient s'installer dans la colonie britannique et se marier avec son cousin, le baron Bror von Blixen-Finecke, dont elle divorcera en 1925. Bror deviendra l'un des chasseurs les plus réputés de la colonie. A l'invitation de son ami Denys Finch Hatton, un autre guide professionnel de renom, il aura l'honneur d'accompagner le prince héritier de la couronne d'Angleterre, le futur Edouard VIII, dans son safari organisé au Tanganyika en 1928.
De gauche à droite : Bror von Blixen, Denys Finch Hatton et le Prince de Galles.
Devenu guide de safari en 1922, Bror était reconnu par ses pairs comme un chasseur d'une grande décontraction face au danger. On raconte qu''il pouvait abattre un buffle qui le chargeait tout en devisant sur l'apéritif du soir, se demandant s'il prendrait un gin ou un whisky... Peu avant sa mort, Karen Blixen dira de son ex-mari : "Si je pouvais revivre un seul moment de mon existence, ce serait de repartir en safari avec Bror". (Traduction : Emmanuel THERET)
Bror von Blixen-Finecke (1886-1946), en safari dans les années 1930 avec sa troisième épouse, Eva Dickson, première femme à avoir traversé le Sahara en automobile.
Karen Blixen (1885-1962)
Denys Finch Hatton (1887-1931) débute une relation amoureuse avec Karen Blixen en 1922, avec l'assentiment du baron Blixen qui délaisse son épouse pour d'autres conquêtes féminines. A cette époque, Finch Hatton s'est lancé lui-aussi dans une affaire de safari. Il peut alors offrir à ses clients tout le service de luxe qui est la norme en ce temps-là : des bains chauds, des tentes spacieuses de 8 pieds de hauteur, du linge propre tous les jours, ainsi qu'un tireur d'élite en couverture, pour parer à tous dangers, notamment les charges de rhinocéros noirs.
En 1929, Finch Hatton prend des leçons de pilotage et achète son propre avion, un Gipsy Moth. Il peut ainsi effectuer des reconnaissances aériennes pour ses safaris. En 1931, alors qu'il décolle de Voi pour localiser des troupeaux d'éléphants dans la région de Tsavo, son avion tombe brusquement en vrille. Karen Blixen fait enterrer son ami dans les Ngong Hills, sur une butte où il lui avait confié vouloir reposer. L'auteur de Out of Africa raconte une anecdote romanesque à ce sujet :
Après que j'eus quitté l'Afrique, une lettre de Gustave Mohr m'apporta des nouvelles de la tombe : il s'y passait des faits singuliers.
"Les Masaïs, m'écrivait Mohr, ont signalé au chef de district qu'ils avaient aperçu à plusieurs reprises des lions sur la tombe de Finch Hatton au lever et au coucher du soleil.
Il s'agit d'un lion et une lionne qui restent parfois longtemps allongés sur place.
Des Indiens qui se rendaient à Kajado en camion ont également vu les lions. Depuis votre départ, le terrain a été aplani autour de la tombe pour y devenir une sorte de terrasse. Sans doute les lions aiment-ils venir à cet endroit pour y surveiller le bétail et le gibier dans la plaine." (Out of Africa, Londres, Putman & Co Ltd, 1937). (Traduction : Emmanuel THERET)
Government Road à Nairobi, dans les années 1920 (de nos jours, Moi Avenue). Selon Martin Johnson, la capitale du Kenya compte à l'époque plus d'automobiles par habitant que n'importe quelle autre ville du monde.
En 1920, la British East Africa devient le Kenya. A cette époque, la généralisation de la voiture dans la colonie contribue à développer le tourisme du safari. Ce nouveau genre de voyage, qui restera très haut-de-gamme jusque dans les années 1950, s'ouvre de plus en plus à la photographie animalière. Depuis la sortie en 1899 du premier "appareil photo de poche pliable" (N°1 Folding Pocket Kodak Camera) développé par Eastman Kodak, les gammes suivantes de la compagnie américaine ont connu de nombreuses innovations qui les ont rendus de plus en plus faciles à manipuler. Dans les années 1920, les appareils Kodak de petit format sont également devenus moins chers et plus facilement disponibles dans le commerce pour le photographe amateur.
Carl E. Akeley, à la fois taxidermiste, sculpteur, naturaliste, écrivain, explorateur, photographe, caméraman, et inventeur (plus de 30 brevets à son actif), commercialise en 1917 une caméra qu'il a conçut lui-même. En effet, lors d'un séjour en Afrique de l'Est entre 1909 et 1911, il n'a pas réussi à filmer correctement une chasse au lion chez les Nandi, bien qu'équipé du meilleur matériel alors disponible. Il en éprouve une telle déception qu'il s'emploie durant cinq années à créer une caméra qui puisse résister aux rigueurs d'un tournage dans la nature sauvage. Cette caméra pour film de 35 mn, bientôt baptisée la "pancake"(galette) du fait de sa forme ronde unique, présente de nombreuses améliorations : un changement de bobine rapide (15 secondes), deux objectifs pour la visée et la prise de vue, un ingénieux système optique permettant d'incliner l'objectif vers le haut tout en gardant une visée fixe, un trépied à tête gyroscopique facilitant les plans panoramiques à la longue focale. Avec sa caméra, Carl E. Akeley tourne ainsi les premières images de gorilles des montagnes lors d'une expédition au Congo belge en 1921.
En 1896, lors de sa première expédition en Afrique (Somalie Britannique), Carl E. Akeley est attaqué par un léopard blessé qu'il parvient à étouffer en lui enfonçant son poing dans la gorge.
Durant son troisième séjour en Afrique de l'Est (1909-1911), Carl E. Akeley est grièvement blessé par un éléphant qui le charge et tente de l'écraser au sol entre ses défenses (Ouganda, 1909). C'est durant sa convalescence qu'il a l'idée de créer le hall actuel du "Musée Américain d'Histoire Naturelle" de New York et ses magnifiques dioramas.
En 1920, Carl E. Akeley fait la connaissance de Martin et Osa Johnson, un couple d'aventuriers originaires du Kansas qui reviennent d'une expédition de six mois dans les jungles de Bornéo. Les Johnson ont débuté leurs pérégrinations en 1917 en allant explorer les îles Salomon et les Nouvelles-Hébrides (Vanuatu) à la recherche des dernières tribus cannibales. Sur l'île de Malekula, ils ont d'ailleurs échappé de justesse au sort que les Big Nambas réservent à leurs prisonniers. De retour aux Etats-Unis, leur film "Among the Cannibal Isles of the South Pacific" (1918) leur a offert une certaine célébrité et assez d'argent pour un second voyage dans les Nouvelles-Hébrides.
Carl E. Akeley a depuis longtemps pris conscience du danger que fait peser la chasse intensive sur la faune sauvage. Aussi presse-t-il les Johnson de partir en Afrique de l'Est pour y filmer les animaux dans leur milieu naturel avant qu'ils n'aient complètement disparus. Enthousiasmé par cette nouvelle destination, Martin fonde bientôt une société d'actionnaires pour financer un voyage au Kenya qui durera un an (1921-1922). La première de leur film Trailing African Wild Animals a lieu en 1923.
Le deuxième séjour des Johnson en Afrique de l'Est (1924-1927) est financé en grande partie par le National Museum of Natural History de New York et par Georges Eastman, le fondateur de la firme Kodak. Les Johnson passent deux années et demi dans un campement établit au lac Paradis, dans le nord du Kenya, à filmer et photographier la faune. Ils reçoivent notamment la visite du Duc et de la Duchesse d'York, ainsi que de Georges Eastman. En 1925, les Johnson découvrent le Serengeti (Tanganyika) en compagnie de Carl Akeley. Les 200 000 pieds de pellicule qu'ils ramènent de ce séjour seront édités en 1928 dans un film qui remporte un grand succès aux Etats-Unis : Simba : Le Roi des Animaux.
Les Johnson au Kenya en 1924.
Carl Akeley (debout à droite) et les époux Johnson, au Tanganyika en 1925.
Les Johnson retournent sur le continent africain entre 1927 et 1928. Invité par Georges Eastman, ils accompagnent le richissime homme d'affaire sur le bateau à vapeur qu'il a affrété pour une croisière sur le Nil depuis l'Egypte jusqu'au Soudan. A Rejaf, tous trois continuent leur périple en voiture puis à pied vers le Congo belge et l'Ouganda. Quelques semaines plus tard, Georges Eastman rentre aux Etats-Unis. Les Johnson repartent alors pour le Congo où ils rencontrent pour la première fois le peuple Wambutti (pygmées) qu'ils se promettent de revenir filmer plus longuement lors d'un prochain séjour. En 1928 enfin, ils passent six mois au Tanganyika à filmer les lions dans les plaines du Serengeti.
Wambutti du Congo.
En 1927, le cinéma parlant a fait son apparition aux Etats-Unis. Les Johnson doivent donc s'adapter pour continuer à plaire à leur public, et c'est dans ce but qu'ils entreprennent leur quatrième voyage en Afrique, de 1929 à 1931. Ils retournent au Serengeti, dans le nord du Kenya et en Ouganda. Au Congo enfin, ils retrouvent le peuple Wambutti et partent à la découverte des gorilles dans les monts Virunga. Congorilla, sorti dans les salles américaines en 1932, est ainsi le premier film dont la bande sonore est entièrement enregistrée en Afrique.
En 1932, les Johnson passent leur brevet de pilotage et achètent deux petits hydravions de la firme Sikorsky, le Spirit of Africa et le Osa's Ark, peint avec des taches de girafe pour le premier, et des rayures de zèbre pour le second. Durant un cinquième et dernier périple en Afrique (1933-1934), ils décollent du Cap, en Afrique du Sud, pour rejoindre le Kenya où ils restent un an et demi. Ils y tournent des images aériennes de la faune et sont notamment les premiers à filmer les monts Kenya et Kilimanjaro depuis les airs. Les Johnson mettent fin à leur odyssée en s'envolant vers Le Caire puis Londres. Ce "safari aérien" de 60000 miles à travers le continent africain est relaté dans leur film Baboona sorti en 1935.
Au total, de 1921 à 1934, Martin et Osa Johnson auront passé dix années à filmer et photographier les beautés de l'Afrique, quelquefois au péril de leur vie. Leurs images de la faune et des tribus locales sont sans précédent à l'époque. Hollywood saura exploiter l'engouement du public pour une Afrique mystérieuse avec des succès comme Tarzan, the Ape Man (1932) ou King Kong (1933).
L'acteur américain Johnny Weissmuller a popularisé le personnage de Tarzan dans le monde entier. C'est d'ailleurs la version de 1932 produite par la MGM qui a fixé les règles du genre : l'homme-singe y pousse pour la première fois son fameux cri (les films précédents sur le sujet étaient encore muets), et la guenon Cheeta fait son apparition aux côtés de Tarzan, alors que son personnage n'a jamais existé dans les romans d'Edgar Rice Burroughs.
Trois ans après la mort de son mari dans un accident d'avion en Californie, Osa Johnson livre ses souvenirs d'une vie extraordinairement remplie dans "I Married Adventure" (Philadelphia, New York: J. B. Lippincott Company, 1940).
En 1923, la fille d'une anglaise et d'un naturaliste suisse, Vivienne von Wattenwyl, accompagne son père Bernhard dans une expédition en Afrique Orientale pour le compte du Muséum de Berne. Après 2000 km de marche depuis le Kenya, Bernhard est attaqué par un lion au Congo belge et meurt des suites de ses blessures. Vivienne, qui n'est alors âgée que de 23 ans, se retrouve seule pour diriger plusieurs dizaines de porteurs et de chasseurs africains. Malgré son deuil, elle termine la campagne de chasse et livre les 130 peaux, squelettes et crânes d'animaux qui constituent aujourd'hui les dioramas africains du Muséum d'Histoire Naturelle de Berne.
A Londres où elle vit, Vivienne garde une certaine nostalgie de l'Afrique et comme un goût d'inachevé. Cinq ans plus tard, elle retourne donc au Kenya, emportant avec elle des provisions de thé et son gramophone pour écouter du Brahms ou du Haydn dans la savane. Décidée à se "lier d'amitié avec les animaux", elle a troqué cette fois-ci le fusil pour l'appareil photo. Avec un humour clairvoyant sur sa propre naïveté, qui cache cependant une détermination sans faille, elle livre ses mésaventures dans un récit de voyage pétillant de fraîcheur et de spontanéité, parue en 1935 sous le titre de Speak to the Earth ("Un thé chez les éléphants" pour l'édition française en 1937)... Une nuit, elle se retrouve face à un lion en sortant de sa tente pour faire fuir ce qu'elle croyait être une hyène, une autre fois elle manque de marcher sur un rhinocéros qui dort en forêt, et d'autres fois encore elle se fait charger par des éléphants en voulant les photographier de près...
Avec l'avènement de l'automobile, les safaris deviennent de plus en plus luxueux. Soucieux de leur confort, les clients emmènent une importante logistique qui, en plus des habituels lits, tables, chaises et tentes, peut aussi comprendre des groupes électrogènes, des réfrigérateurs, des baignoires pliables, de la vaisselle en faïence, de l'argenterie, des grands vins. Une fois par semaine, un avion peut même livrer des denrées périssables comme des légumes, des fruits ou de la crème.
Les safaris à l'époque des porteurs et des chariots à bœufs étaient de véritables expéditions où le danger avec la faune sauvage était toujours présent. Il arrivait fréquemment par exemple qu'un rhinocéros irascible charge la colonne de porteurs. Tous jetaient alors leur charge à terre et couraient trouver refuge derrière un arbre ou un buisson. L'automobile a changé tout cela. En devenant moins risqués qu'autrefois, les safaris s'apparentent dorénavant à de vraies vacances, avec cette atmosphère d'aventure qui n'est pas sans séduire certaines femmes.
Dans les années 1920, les safaris de chasse sont aussi l'occasion pour certaines clientes d'obtenir une peau pour de prochains souliers ou sacs à main.
Lors d'un safari de chasse, les clients sont dans la brousse de l'aube au coucher du soleil. Le programme est moins contraignant dans un safari-photo où les chasseurs d'images, après un départ matinal, reviennent au camp vers 11h pour un breakfast. On se relaxe ensuite jusqu'à 15h environ, et après un léger déjeuner, les clients repartent pour leurs activités photographiques jusqu'en fin d'après-midi. La journée se termine par un dîner aux chandelles dont le menu, comprenant trois plats et du vin, est digne d'un très bon restaurant parisien.
Ernest Hemingway au Serengeti en 1934.
L'écrivain américain, toujours en quête de nouvelles aventures, vient séjourner en Afrique de l'Est en 1933. Ce premier voyage lui inspire son journal "Les Vertes Collines d'Afrique" et son fameux roman "Les Neiges du Kilimanjaro". Hemingway a ainsi beaucoup contribué à populariser le mot "safari" qui jusqu'alors était surtout connu des initiés, et qui aujourd'hui est autant porteur d'évasion et de beauté sauvage...
Dans les années 1950, le cinéma américain popularise l'image du "grand chasseur blanc" confronté à un univers sauvage. Ces rôles d'aventuriers en Afrique de l'Est sont incarnés à l'écran par des stars comme Stewart Granger (King Solomon's mines, 1950), Gregory Peck (The Snows of Kilimanjaro, 1952), Clark Gable (Mogambo, 1953) ou Robert Taylor (Killers of Kilimanjaro, 1959). Tous ces films ont des scènes d'extérieur tournées au Kenya, dont les paysages vierges et la faune abondante offrent le plus spectaculaire des décors pour des aventures africaines.
Parallèlement, les mentalités commencent à changer... La plupart des espèces animales sont alors en voie d'extinction en Afrique, et la lutte contre le braconnage est devenue un enjeu majeur pour empêcher leur fin programmée. Le parc national de Nairobi, le premier du Kenya, est créé en 1946, suivi de celui de Tsavo (1948), du Mont Kenya (1949), et des Aberdares (1950).
En 1951, l'état voisin du Tanganyika (future Tanzanie), établit lui-aussi son premier parc national, le Serengeti, devenu désormais l'un des sanctuaires de faune sauvage les plus emblématiques d'Afrique. A cette époque, le directeur du Zoo de Francfort, Bernhard Grzimek, s'intéresse aux espèces menacées et sillonne l'Afrique pour en filmer la faune. Son documentaire "Le Seregenti ne doit pas mourir" (Serengeti darf nicht sterben, 1959) a un retentissement mondial et sera récompensé par un Oscar.
Bernhard Grzimek se noue d'amitié avec le président tanzanien Nyerere en le sensibilisant à la protection de la nature. A la tête de la Frankfurt Zoological Society pendant 40 ans, jusqu'à sa mort en 1987, il a tracé la voie des projets de conservation dans lesquels la société s'implique actuellement à l'étranger. Les cendres de Bernhard Grzimek sont enterrées près du cratère du Ngorongoro, aux côtés de son fils Michael qui avait perdu la vie dans un accident d'avion pendant le tournage du documentaire sur le Seregenti.
Dans les années 1960, des vols journaliers entre l'Europe et Nairobi permettent aux classes moyennes d'accéder aux beautés de l'Afrique de l'Est. Ayant acquis son indépendance en 1963, le Kenya fait le pari de la quantité, préférant démocratiser le safari au détriment de l'ancien système réservé aux classes aisées. Le safari-photo en minibus, beaucoup moins cher que le safari "old-fashioned", fait ainsi naître un tourisme de masse au Kenya. D'autres républiques africaines comme le Botswana ou la Zambie, qui s'ouvriront bien plus tardivement au tourisme du safari, feront un autre calcul en privilégiant un tourisme sélectif pour préserver les fragiles écosystèmes de leurs parcs nationaux.
Dans les années 1980, la mode des safaris hissent le Kenya au premier rang du tourisme africain. Cet état de grâce s'interrompt brusquement en 1998 après l'attentat contre l'ambassade des Etats-Unis de Nairobi qui provoque une chute spectaculaire des visiteurs occidentaux. Depuis, la fréquentation touristique a repris timidement, mais le pays doit faire face à la concurrence de nouvelles destinations comme la Tanzanie et l'Afrique du Sud. Le tourisme reste concentré sur la côte et dans les principaux parcs de Masaï-Mara, Amboseli, Samburu, Tsavo et Kilimanjaro. Un voyage type dans ce pays se compose généralement d'une partie safari et d'une partie farniente sur les plages de l'Océan Indien.
Contrairement à une idée reçue, il est parfaitement possible de visiter les parcs et réserves du Kenya sans recourir aux services d'un tour-operator. On peut en effet louer une voiture, avec ou sans chauffeur, et organiser son propre parcours. Toutes les grandes compagnies internationales de location sont présentes dans le pays. Il ne faut pas s'attendre à avoir un véhicule en parfait état, et le prix de la location est plutôt cher, mais en cherchant bien, on peut trouver quelques petites compagnies basées à Nairobi qui proposent des tarifs intéressants.
Pour le Masaï Mara, Amboseli, ainsi qu'une partie de Tsavo et de Nakuru, un véhicule standard peut suffire. Pour les autres sanctuaires, un 4X4 s'avère indispensable, non pas pour la puissance du moteur mais pour la hauteur du châssis. Les pistes en effet ne nécessitent pas de compétences particulières; il s'agit juste de pouvoir franchir de petites rivières ou d'éviter des trous sur la route. Cependant, il est fortement recommandé de voyager en dehors de la saison des pluies (fin mars-début juin) pour éviter de s'embourber. Hormis Tsavo, les parcs du Kenya ne sont pas très grands et leurs pistes sont (en général) signalisées, ce qui limite le risque de se perdre. De nombreux campings permettent de se loger sur place à des prix raisonnables, voire bon marché. Il est même possible de faire du camping sauvage au parc national de Chyhullu Hills. La meilleure période pour observer la faune au Kenya se situe entre septembre et novembre. Il faut savoir qu'en dehors de certains parcs peu visités (Shaba, Meru, Saïwa Swamp), la fréquentation des touristes est très importante dans les autres sanctuaires en haute saison (Noël, janvier, février et août).
Organiser soi-même son safari demeure une expérience incomparablement plus exaltante que de passer par un tour-operator. Les vacanciers qui préfèrent se laisser guider choisiront bien sûr une agence de safari, laquelle a l'avantage d'éviter les problèmes de logistique, mais en contrepartie ils seront tributaires d'un horaire rigide qui peut être très frustrant pour la photographie animalière. La location d'une voiture laisse au contraire une grande liberté de mouvement et permet de profiter pleinement du pays.
04 novembre 2008
L'Afrique du Sud est l'autre pôle historique du "safari". Le terme swahili si fortement lié à l'Afrique de l'Est s'est imposé naturellement en Afrique australe avec l'ouverture au public du parc national Kruger en 1927. Ce sanctuaire a connu un passé difficile, mais à la fin des années 1920, il pouvait à nouveau offrir le spectacle somptueux d'une abondante faune sauvage, tel qu'on peut l'admirer en Afrique de l'Est.
William Harris Cornwallis (1807-1848) est sans doute le premier voyageur européen à entreprendre un périple en Afrique du Sud pour le simple plaisir d'admirer les paysages et la faune d'Afrique. Ce capitaine britannique ayant servi aux Indes arrive au Cap en 1836 pour se remettre d'une fièvre. Mais en guise de convalescence, il reprend un bateau pour Algoa Bay, et de là, organise une expédition de 5 mois dans l'ouest du Transvaal. Il s'adonne sans retenue à sa passion, la chasse, mais n'en demeure pas moins un fin observateur des animaux qu'il rencontre et qu'il s'applique à peindre en détail. On lui attribut la "découverte" de l'hippotrague, dénommée d'ailleurs dans les premiers temps "antilope d'Harris".
Sable antelope ("Portraits of the game and wild animals of Southern Africa", William Harris Cornwallis, 1840).
Ndebele Warrior (William Harris Cornwallis).
William Cornwallis Harris reflète parfaitement le voyageur de l'ère victorienne pour qui l'amour de la nature était indissociable de la chasse. Sans doute faut-il faut se replacer dans le contexte de l'époque pour comprendre la passion qui animait ces chasseurs-naturalistes sans les juger de manière anachronique. Il n'en demeure pas moins que l'extinction de certaines espèces animales d'Afrique australe comme le zèbre quagga, le lion du cap ou l'antilope bleue est directement liée à une chasse outrancière qui, bien souvent, n'était même pas une activité de subsistance, mais une extermination délibérée pour affecter des terres vierges à l'élevage et à l'agriculture, ou un loisir égoïste qui prive à jamais les générations suivantes de certaines splendeurs de ce monde.
Au 19 ème siècle, lorsqu'ils partent chasser dans le Veld, les colons boers tirent sur tout ce qui bouge. Etre une bonne gâchette est un statut valorisant dans ce pays pleins de dangers et conquis par les armes (illustration de "Sieben Jahre in Süd-Afrika" d'Emil Holub, Vienne, 1881).
Dans ses mémoires (South African Eden, Cassell and Company, Ltd, London, 1937), James Stevenson-Hamilton donne une description éloquente de l'état d'esprit des premiers colons qui s'étaient installés dans la région de l'actuel parc Kruger à la fin du 19 ème siècle :
"Parmi les anciens du Lowveld [...], il n'y avait pas de trait de caractère plus proéminent que la fierté de leur agilité au tir. Ils en étaient aussi orgueilleux qu'une belle peut l'être de ses charmes, et ils étaient autant jaloux de leur rivaux qu'un jeune homme l'est d'un concurrent en amour. On pouvait dénigrer leur sens moral, leur apparence physique, voire leur honnêteté, et être pardonné pour cela; mais les offenser sur leur adresse au tir était une insulte irrémissible. [...] Leurs méthodes n'étaient pas toujours très éthiques. Ils faisaient rarement cas du sexe, de l'âge, ou de la quantité d'animaux qu'ils pouvaient abattre. En fait, leur principal objectif étaient de tuer le plus grand nombre dans le temps le plus court avec le moins de munitions possible... [...]". (Traduction : Emmanuel THERET)
En 1891, Lord Randolph Churchill, père du célèbre Winston du même nom, part de la Colonie du Cap pour un grand voyage à cheval à travers le Transvaal, le Bechuanaland (actuel Botswana) et le Mashonaland (région nord de l'actuel Zimbabwe). Son expédition préfigure le luxe des safaris des années 1920. Il se fait accompagner d'un chirurgien, d'un ingénieur des mines, de quatre cuisiniers et d'une trentaine de serviteurs. Par ailleurs, il emporte dans ses chariots des provisions "essentielles" telles que des caisses de gin, de champagnes et de grands vins, ainsi qu'un piano. Dans ses lettres au journal londonien Daily Graphic où il livre ses impressions, il déclare que l'Afrique du Sud est "la région du monde la plus favorisée par la nature". (Traduction : Emmanuel THERET)
Le président de la République Sud-Africaine (Zuid-Afrikaansche Republiek), Paul Kruger, signe en 1894 le décret qui instaure la réserve de Pongola, mais en 1921, le premier sanctuaire protégé d'Afrique est supprimé par les autorités britanniques sous la pression des fermiers qui ont colonisé les lieux. A la fin des années 1930, les animaux sauvages de la région ont été totalement exterminés, victimes d'une croyance infondée selon laquelle ils attireraient les mouches tsé-tsé responsables de la maladie du sommeil. Ce n'est qu'en 1993 que la réserve renaît finalement de ses cendres, quand sept propriétaires terriens abattent leurs clôtures pour recréer la Pongola Game Reserve et repeupler sa faune.
Créés en 1895 dans la colonie britannique du Natal, les réserves de Hluhluwe et d'Umfolozi ont pour but de sauver les derniers rhinocéros blancs de l'extinction. Cet objectif sera couronné de succès, mais d'autres espèces animales seront chassées impitoyablement jusqu'en 1945.
L'aventure du safari-photo ne débute réellement en Afrique du Sud qu'à partir de 1927, date de l'ouverture du parc Kruger aux automobiles des visiteurs.
En 1884, Paul Kruger avait proposé au Voolksraad (Parlement du Peuple) de faire protéger la zone de Lowveld (Basses Terres) entre les rivières Sabie et Crocodile. Il entendait ainsi sauver de l'extinction la faune qui y avait été décimée en quelques décennies par la chasse intensive des colons boers. L'idée révolutionnaire d'une vaste zone protégée n'avait soulevé l'enthousiasme que de quelques rares visionnaires, se heurtant majoritairement à la dérision et au scepticisme. Le Parlement, relayé par le Conseil Exécutif dans les derniers temps, retardera pendant 14 ans la réalisation de ce projet par une étonnante force d'inertie. Après d'innombrables débats relancés par des parlementaires persévérants comme Louw, Erasmus, Van Wijk, et surtout Loveday, ce n'est finalement qu'en 1898 que le Conseil Exécutif entérine la naissance de la réserve de la Sabie (Sabiewildreserwe).
Chasse dans le Lowveld dans les années 1880.
"Si je ne ferme pas cette petite partie du Lowveld, nos petits-enfants ne sauront jamais à quoi ressemblent un koudou, un élan ou un lion" écrit alors Paul Kruger (Traduction : Emmanuel THERET). Les intentions du vieux président sont certes louables mais la décision du Voolksraad est plus pragmatique. Les mentalités ne sont pas encore prêtes pour une protection de la nature telle qu'on la conçoit aujourd'hui, c'est-à-dire dans un but purement esthétique et désintéressé. En fait, l'instauration de cette zone protégée a pour principal objectif de relever les effectifs d'antilopes et de grands herbivores afin de créer une future réserve de chasse. De toute façon, la république sud-africaine n'a pas les moyens de ses ambitions, et par manque de fonds, ce sont en définitive deux agents de police de la ZARP (Zuid-Afrikaanse Republiek Polisie) qui sont chargés de surveiller la réserve : le sergent Izak Holzhausen, basé à Nelspruit, et le caporal Paul Bestbier, basé à Komatipoort.
La seconde guerre des Boers qui débute en 1899 laisse le projet de réserve en suspens jusqu'à la victoire des Britanniques en 1902. Cette année-là, le major James Stevenson-Hamilton est nommé gardien de la Sabie Game Reserve, réinstaurée par l'administration de Lord Milner. Alors âgé de 35 ans, l'officier du 6th Inniskilling Dragoons accomplira sa mission de conservation avec une opiniâtreté qui ne faillira pas jusqu'à sa retraite en 1946. Dans son livre, South African Eden, il décrit son arrivée à la réserve Sabie :
"Après-midi du 25 juillet 1902. Sur la crête du dernier escarpement du Drakensberg, surplombant le fouillis des ravins recouverts de broussailles et des terrasses rocheuses qui en constituent les contreforts, ma petite caravane fait une halte pour que je puisse contempler le fantastique panorama de montagnes et de forêts qui se dévoile à nous.
Le soleil couchant dore le pinacle dénudé du Legogote et pare d'un rose éphémère les trois sommets de Pretoriuskop, limite au-delà de laquelle commence un monde de mystère. A l'est, aussi loin que l'on puisse voir, s'étend la ligne onduleuse des cimes d'arbres; au premier plan, c'est un mélange de vert, de jaune et de brun roux qui avec la distance fusionne en un voile bleu-gris et finit par prendre une teinte de plus en plus faible jusqu'à se confondre avec l'horizon [...].
La faune s'éveille tout juste de sa sieste de l'après-midi. Partout des francolins caquètent, et d'un fossé proche, me parvient le cri métallique d'une pintade. Des passereaux gazouillent dans les arbres, et leur joyeux vacarme couvre les sons confus qui ici et là commencent à s'élever de la forêt au loin... C'est la voix de l'Afrique, qui transporte avec elle une paix et un ravissement infinis". (Traduction : Emmanuel THERET)
James Stevenson-Hamilton (1867-1957).
Stevenson-Hamilton s'installe d'abord quelques mois sur les rives de rivière Crocodile pour se familiariser avec la région et sa faune avant d'établir son quartier général définitif à Sabie Bridge (aujourd'hui, camp de Skukuza). Sa tâche s'annonce difficile, tant l'état des lieux est désastreux : les rhinocéros blancs et noirs ont depuis longtemps disparus, les buffles ont été presque complètement éradiqués par l'épidémie de peste bovine de 1896, et quelques rares éléphants venus du Mozambique sont parfois de passage dans la région. En 1902, Stevenson-Hamilton estime que la réserve Sabie n'abrite plus qu'une centaine de cobs à croissant, une quarantaine de gnous bleus et de koudous, une quinzaine d'hippopotames, une douzaine d'hippotragues, 8 buffles, 5 girafes et 5 damalisques.
Le Native Affairs Departement autorise Stevenson-Hamilton à engager du personnel pour lutter contre le braconnage. Pragmatique et sans concession, Stevenson-Hamilton s'emploie également à déplacer les populations locales hors de la réserve (environ 3000 personnes). Il prend ainsi le surnom de "skukuza" ("celui qui chamboule tout" en Tsonga). Enfin, pour rehausser rapidement les troupeaux d'antilopes, il fait chasser tous les prédateurs. Ce programme d'abattage ciblé (culling) permet certes de reconstituer les populations d'herbivores en une dizaine d'années, mais il laisse songeur sur les erreurs de cette époque. Stevenson-Hamilton se tournera à partir de 1912 vers une gestion de la faune plus holistique. Regrettant sans doute les maladresses de ses débuts, il écrit dans ses mémoires : "J'ai toujours pensé que la nature était capable de gérer ses propres affaires mieux que l'Homme ne peut le faire pour elle, et quand cela était possible, j'ai œuvré dans cet état d'esprit." Consigné dans des registres, l'abattage systématique pratiqué de 1903 à 1927 aura malheureusement supprimé un nombre considérable de prédateurs, parmi lesquels des espèces aujourd'hui en voie de disparition : 50 outres, 87 ratels, 110 grands-ducs, 250 caracals, 269 guépards, 310 faucons, 358 aigles, 402 pythons, 417 chats sauvages, 521 hyènes, 635 crocodiles, 660 léopards, 678 servals, 821 zorilles, 1142 lycaons, 1272 lions, 1354 serpents venimeux, 1644 civettes, 1900 genettes, 2006 babouins, 3133 chacals. Cette liste étant sans doute un minimum...
Sabie Bridge, cœur historique du parc Kruger. A la fin de l'année 1902, Stevenson-Hamilton s'installe dans une maison près du pont de la Sabie, lequel est alors en ruine et ne sera reconstruit qu'en 1912. L'endroit devient le quartier général de la réserve. Le camp de Sabie Bridge est rebaptisé Skukuza en 1936, du nom Tsonga de Stevenson-Hamilton.
Quelques mois seulement après sa prise de fonction dans la réserve, Stevenson-Hamilton entame des négociations avec le gouvernement et les compagnies propriétaires de terres dans le Lowveld pour agrandir le sanctuaire, qui ne couvrent alors que 4600 km². Les immenses fermes au nord de la Sabie n'occupent le terrain que de manière symbolique car la zone est infestée par le paludisme et la trypanosomiase. De plus, la terre est trop ingrate pour permettre les cultures. En obtenant un contrat de leasing renouvelable tous les cinq ans, Stevenson-Hamilton parvient ainsi à étendre la réserve Sabie jusqu'à la rivière Olifants, à 200 km plus au nord. Ces 9000 km2 supplémentaires font tripler d'un seul coup la superficie de la zone protégée.
En 1903, un deuxième sanctuaire est établie par le Native Affairs Departement dans la partie nord de l'actuel parc Kruger, entre les rivières Letaba et Luvuvhu. Stevenson-Hamilton se voit confié ce territoire de 9000 km² baptisé Shingwedzi Game Reserve, ce qui porte à 22000 km² la zone qu'il doit à présent administrer.
En 1914, le territoire entre les réserves Sabie et Shingwedzi, qui est alors du ressort du Service des Mines (Department of Mining) devient également une zone protégée qui sera intégré au futur parc Kruger en 1926.
Les réserves Sabie et Shingwedzi sont réunies en 1916 sous le nom de Transvaal Game Reserve.
Portrait du sergent Njinja Ndlovu qui servit comme ranger dans la réserve Sabie puis le parc Kruger de 1910 à 1945 (par C T Astley Maberly).
Dès le début, Stevenson-Hamilton doit affronter de nombreuses pressions, et notamment celles des fermiers de la région qui se montrent très hostiles à la conservation d'une faune sauvage vectrice d'épidémies sur des terres qui pourraient être attribuées à leur propre profit. Le gouvernement doit céder, et de 1912 à 1924, les éleveurs de moutons sont autorisés à faire pâturer leurs troupeaux en hiver dans les plaines de la région de Pretoriuskop, sans toutefois que l'interdiction de la chasse ne soit remise en cause.
Dans les années 1920, l'action de Stevenson-Hamilton est fréquemment vilipendée dans les journaux locaux et nationaux. "J'aimerais attirer l'attention de nos lecteurs sur le scandale de la réserve Sabie où l'on élève des lions depuis 25 ans" peut-on lire dans un éditorial sur le sujet, paru en 1925 dans l'hebdomadaire Farmer's Weekly. [...] Pour toutes ces chimères, ce gaspillage d'argent et de gibier, ainsi que ces erreurs de gestion, je trouve que la pérennité de la réserve Sabie est géniale."(Traduction : Emmanuel THERET)
A partir de 1922, Stevenson-Hamilton milite pour l'établissement d'un parc national sur le modèle du Yellowstone National Park, consacré par un acte du Congrès américain comme un "endroit de loisir pour le bénéfice et la joie de tous". Il démarche ainsi certains ministres, intrigue dans les services du gouvernement de l'Union qui peuvent lui être utiles, fait parler de son projet dans la presse. Cherchant à développer le tourisme dans sa réserve pour lui donner les meilleurs chances de survivre à l'avenir, il tente en 1923 une expérience dont les résultats s'avèreront très encourageants.
Cette année-là, la compagnie des chemins de fer sud-africains (South African Railways) propose aux touristes un circuit en train qui permet de visiter les sites intéressants de l'est du Transvaal. Ce tour de 9 jours, le "Round-in-Nine", débute par les vergers d'agrumes de Nelspruit, passe par les cols de Pilgrim's Rest, traverse la réserve Sabie (entre les camps actuels de Skukuza et de Crocodile Bridge) et s'achève à Lourenço Marques (de nos jours, Maputo, capitale du Mozambique).
Le tronçon ferroviaire qui passait dans la région sud du parc Kruger, la Selati Line, avait été bâtie initialement pour relier les mines d'or de Leydsdorp, dans les montagnes du Drakensberg, à la ligne Pretoria-Delagoa Bay, au Mozambique, mais sa construction depuis Komatipoort s'était arrêtée en 1894 à l'endroit de l'actuel camp de Skukuza avec la faillite de la compagnie responsable des travaux. Abandonnée pendant 18 ans, cette voie ferrée avait été remise en service en 1912 avec la reconstruction du pont de la Sabie, alors en ruine, et l'étendue de la ligne jusqu'à Tzaneen.
En lisant le programme du Round-in-Nine, Stevenson-Hamilton est un peu déçu de constater que le train ne doit passer dans la réserve que de nuit. A l'époque, les préjugés sur la préservation de la nature sont encore très forts. Stevenson-Hamilton raconte :
"Je demandais une entrevue avec le responsable, que je connaissais, et lui suggérais de permettre aux trains de passage dans la réserve d'y faire une halte, ou tout au moins de la traverser de jour. "Mais pourquoi faire ?", me demanda-t-il avec surprise.
"Eh bien, certaines personnes seraient peut-être intéressées de pouvoir observer les animaux".
Il me regarda fixement pendant un moment, comme on le fait avec une personne dont on doute de la santé mentale, puis il se rendossa dans sa chaise en éclatant de rire. Quand il eut retrouvé ses esprits, il hoqueta : "Non, mais regardez vos vieux gnous ! Qu'est-ce qui pourrait bien donner à quiconque l'envie de venir les voir ?". Puis soudain pris d'une idée : "Attendez, on peut conclure un arrangement. Si vous nous autorisez à nous arrêter pour faire un peu de tir sur le gibier - je vous promets que nous n'emmènerons qu'un seul fusil dans le train - je suis sûr que cela pourrait amuser les passagers. Nous pourrions embarquer un tireur d'élite, et des touristes seraient peut-être tentés de tirer eux-aussi. Si vous êtes d'accord avec cela, je pense que je pourrais convenir d'une halte d'une heure".
Et Stevenson-Hamilton de conclure, fataliste :
Bien, bien ! Vingt années d'efforts pour en arriver à laisser des néophytes canarder des animaux à moitié domestiqués. Mais ce genre d'attitude envers la faune était encore très commun en 1923. (South African Eden). (Traduction : Emmanuel THERET)
Stevenson-Hamilton refuse bien sûr cette proposition, mais il réussit à négocier un arrêt du train pour la nuit à Sabie Bridge où les passagers se voient conviés à un dîner dans le bush autour d'un grand feu. Ces citadins habitant pour la plupart à Johannesburg sont charmés par l'atmosphère des lieux, et au grand étonnement de la compagnie de chemins de fer, l'étape de Sabie Bridge s'avère de loin la plus populaire du tour. Par la suite, un ranger est donc chargé d'accompagner les passagers lors de leur traversée de la réserve, qui s'effectue désormais de jour, afin de leur donner des explications sur la faune rencontrée et les guider lors de petites marches dans le bush à certains arrêts.
Ancienne gare de Sabie Bridge (camp de Skukuza).
Des touristes peuvent donc être intéressés à venir observer les animaux de la réserve. Ce qui nous semble une évidence aujourd'hui est une conception révolutionnaire en ce temps-là, surtout dans un pays où la chasse est une tradition historique aussi forte. Stevenson-Hamilton note à ce propos :
"Les animaux sauvages n'étaient considérés que d'un point de vue purement utilitaire et n'étaient admirables que lorsqu'ils étaient morts. [...] "Mais cher ami, à quoi cela sert de garder les choses ?" m'a-t-on dit une bonne centaine de fois. Je me rappelle de quelqu'un qui, à Pretoria ou Johannesburg, m'enviait pour les "formidables parties de chasse" que je devais m'offrir. Quand je lui répondis que ni moi ni mon équipe ne tirions jamais sur le gibier, il me regarda bouche bée pendant un instant avant de laisser échapper :"Pourquoi, vous ne savez donc pas tirer ?" Dans ces années-là, il arrivait aussi qu'un membre du Conseil Législatif qui n'était pas particulièrement favorable à la préservation des animaux se mette à pester contre ce qu'il appelait les salaires extravagants versés à notre équipe. "Moi, ajoutait-il, je ferais ce travail gratuitement, juste pour pouvoir chasser !" (South African Eden). (Traduction : Emmanuel THERET)
Les changements politiques en Afrique du Sud vont aider Stevenson-Hamilton à réaliser son rêve de parc national. En 1924, une vague de patriotisme afrikaner porte le National Party au pouvoir, et Piet Gobler, un petit-neveu de Paul Kruger, est nommé ministre du territoire. Stevenson-Hamilton trouve en lui un allié de poids qui sera déterminant dans la suite des évènements. Tout acquis à la cause d'un grand sanctuaire animalier qui porterait le nom de son illustre parent, Gobler met en place le cadre législatif pour la création des futurs parcs nationaux du pays. Dans les premiers mois de 1926, les terres des fermiers et des compagnies privées situées entre les rivières Sabie et Olifants sont rachetées à bon prix ou échangées contre d'autres terres à l'extérieur du futur parc. Le 31 mai 1926 enfin, un décret parlementaire (National Parks Act) transforme la réserve du Transvaal en parc national sous le nom de Kruger National Park.
Un conseil d'administration de dix membres prend dorénavant la direction du parc Kruger. Après plus de 20 années de lutte contre un monde d'obscurantisme pour sauver sa réserve, qu'il nomme dans ses mémoires sa "pauvre Cendrillon" (poor Cinderella), Stevenson-Hamilton songe à se retirer, mais il se laisse finalement persuader de garder des fonctions au sein du nouveau parc national.
La région de Pretoriuskop est ouverte aux automobilistes en 1927 pour un droit d'entrée d'une livre sterling par véhicule. Une piste permet alors un aller-retour d'une journée entre White River et Pretoriuskop, en passant par Mtimba. Cette année-là, le parc n'accueille que trois automobiles pour l'équivalent d'une douzaine de visiteurs, mais en 1928, le nombre de véhicules s'élève déjà à 180, et en 1929 à 850.
Bac à Malelane, au sud du parc, dans les années 1930.
Pour développer le tourisme du parc, des infrastructures sont progressivement mises en place par la construction de routes, de camps, de ponts et de lignes téléphoniques. En 1931, la partie septentrionale du parc, anciennement réserve de Shingwedzi, est ouverte au public. Longtemps négligée, cette zone qui a toujours été moins riche en faune que le sud du parc abrite cependant des espèces animales qui n'existent pas ailleurs dans le sanctuaire, comme les éléphants, les élands et les nyalas. De plus, cette région offre aux touristes des paysages parfois superbes, comme dans la région des rivières Olifants et Pafuri.
Afin de répartir au mieux la faune dans tout le parc, une vingtaine de puits à éolienne sont forés entre 1933 et 1935 pour créer des abreuvoirs. La construction de ces puits est entièrement financée par une campagne de souscription lancée dans le journal de Johannesburg, The Star. L'initiative est un succès qui dépasse toutes les attentes, démontrant l'intérêt grandissant du public sud-africain pour la conservation de sa faune sauvage.
Les premières années, les visiteurs sont de vrais amoureux de la nature qui s'accommodent de conditions d'hébergement très rudimentaires. Ces précurseurs sont rapidement supplantés par des foules de néophytes citadins plus attachés à leur confort, obligeant l'administration du parc à améliorer sans cesse les services dans ses camps : restaurants, magasins, bureaux téléphoniques, eau chaude, éclairage électrique... En 1935, le parc Kruger accueille 26000 visiteurs qui s'enthousiasment pour la mode du safari. Aux habitants des grandes villes d'Afrique du Sud s'ajoutent bientôt des touristes étrangers en provenance du Swaziland, de Rhodésie (Zambie et Zimbabwe) et d'Afrique de l'Est Portugaise (Mozambique). Avec l'arrivée des touristes américains et européens, les chiffres des entrées vont continuer à augmenter de manière exponentielle : en 1948, le total des visiteurs s'élève à 59000, en 1955, à 100 000, en 1968, à 300 000, et en 2004, à 1,3 million.
Promenade en famille dans le secteur de Phalaborwa, années 1930.
A l'ouverture du parc aux touristes, personne ne sait vraiment comment la faune va se comporter face aux automobiles. "Les animaux, de leur côté, écrit Stevenson-Hamilton, réagirent noblement. Ayant rapidement découvert que les monstres inconnus qui venaient rugir sur les routes dans des nuages de poussière étaient inoffensifs, ils cessèrent vite de leur prêter plus qu'une vague attention et continuèrent à vaquer à leurs occupations quotidiennes comme si les intrus n'étaient pas là. Ou presque. Les impalas, des antilopes d'habitude si prudentes et timides, s'entassaient sur les routes et barraient le passage aux véhicules comme des moutons, se faisant d'ailleurs souvent écraser." (South African Eden). (Traduction : Emmanuel THERET)
On découvre à l'époque que tant que l'on reste dans son automobile, on peut gesticuler ou même crier sans que cela effraye grandement les animaux, tandis que si l'on sort de son véhicule, on les fait fuir immédiatement : la bipédie des êtres humains est en effet une attitude si étrange pour les animaux sauvages qu'ils l'interprètent comme une menace. L'automobile devient ainsi un moyen providentiel de s'approcher de la faune. Par les fenêtres de leur véhicule, les touristes peuvent prendre des clichés qu'il leur serait impossible d'obtenir par une approche à pied.
Un profond changement de mentalité s'opère parmi le public."Désormais, écrit Stevenson-Hamilton, on n'envie plus comme auparavant les prouesses dans le massacre des animaux sauvages. L'appareil photo devient rapidement l'arme de chasse la plus populaire; les images d'animaux vivants éveillent plus d'intérêt que celles de cadavres; et la sympathie va de pair avec l'amélioration de la connaissance et de la compréhension."(South African Eden). (Traduction : Emmanuel THERET)
Quelques privilégiés ont déjà eu la chance de pouvoir prendre des clichés quand le parc n'était pas encore ouvert au public. Dès 1920, le Colonel F R G Hoare avaient pris l'habitude de passer plusieurs semaines en compagnie de Stevenson-Hamilton pour faire des photos de la faune avec un appareil à longue focale, de même que Paul Selby, un Américain membre de la Wild Life Protection Society. Ce dernier passait beaucoup de temps à créer un camouflage de branches vertes sur son camion pour ne pas effaroucher les animaux, ne se doutant pas que quelques années plus tard, des milliers d'automobiles allaient circuler sur les routes du parc sans que la faune n'y attache plus la moindre importance.
Considérés depuis toujours comme une nuisance et exterminé en conséquence, les lions deviennent rapidement la grande attraction du parc Kruger.
"Quand deux voitures se croisaient sur la route et que leurs occupants s'arrêtaient pour échanger des informations, la première question que l'on se posait mutuellement étaient toujours "Avez-vous vu un lion ?", ou parfois, "Avez-vous vu quelque chose?", ce qui voulait dire la même chose.
Un jour que je demandais à un automobiliste s'il avait vu des animaux sur la route, il me répondit :"Rien du tout".
"Mais, rétorquais-je un peu surpris, j'arrive de cette direction moi-aussi, et j'y ai vu de nombreux impalas, cobs à croissant et quelques hippotragues.
"Oh çà, répondit mon interlocuteur avec dédain. Oui, je les ai bien vu, mais je n'ai pas aperçu un seul lion !" (South African Eden, James Stevenson-Hamilton). (Traduction : Emmanuel THERET)
Touristes en automobiles dans le Parc Kruger, au début des années 1930.
Des "rondavels" sont bâties entre 1928 et 1929 dans les camps de Sabie Bridge (rebaptisé Skukuza en 1936), Satara et Pretoriuskop pour accueillir les touristes. L'une de ces huttes a subsisté jusqu'à nos jours et est visible à Skukuza (W A Campbell hut).
Les trésors de la "Stevenson-Hamilton Memorial Library", au camp de Skukuza, KNP. Ces éditions originales sont librement consultables aux horaires d'ouvertures (quand la responsable n'est pas absente avec le trousseau de clés des armoires !).
Musée de la "Stevenson-Hamilton Memorial Library", où se trouve notamment la peau du lion que le ranger Harry Wolhuter tua en 1903 pour sauver sa vie avec un simple couteau de poche, également exposé.
Site de la mésaventure de Harry Wolhuter, expliquée en trois stèles (Lindanda Wolhuter Memorial, nord-est de Tshokwane, sur Lindanda Road ou piste S 35).
La stèle au centre de la photo ci-dessus est érigée à l'endroit où, le 26 août 1903, à la nuit tombée, le ranger Harry Wolhuter est jeté à terre de son cheval par un lion caché dans les broussailles. Pendant qu'un deuxième lion se lance à la poursuite de son cheval, Wolhuter est traîné par le fauve sur une cinquantaine de mètres jusqu'à la stèle à droite de la photo. Là, il réussit à saisir le couteau attaché à sa ceinture et poignarde la bête par deux fois au cœur et une troisième fois à la gorge. Le lion lâche prise, et sans doute impressionné par les hurlements dont Wolhuter l'abreuve avec l'énergie du désespoir, fait demi-tour et va agoniser non loin de là. Ensanglanté, Wolhuter parvient ensuite à se hisser dans un arbre qui s'élevait alors à l'endroit de la troisième stèle, à gauche de la photo. Il reste ainsi sur son perchoir pendant plusieurs heures en attendant l'arrivée de ses porteurs noirs qui le suivent, tandis que le deuxième lion, revenu bredouille de sa course poursuite avec le cheval, rôde aux alentours.
De nos jours, la pression urbaine aux portes du Parc Kruger est énorme. Il y a 150 ans, une abondante faune sauvage déambulait dans les paysages de cette photo. Si les 19000 km² du parc Kruger n'avaient pas été protégés, il ne fait aucun doute que ce sanctuaire serait à présent recouvert de bidonvilles.
Le problème malheureusement se retrouve partout en Afrique : à titre d'exemple, le parc d'Etosha en Namibie est bordé au nord par la région la plus peuplée du pays (800 000 habitants), le parc de Nakuru se trouve à la sortie de la quatrième ville du Kenya (100 000 habitants), et l'entrée du parc du Lac Manyara en Tanzanie n'est qu'à cinq minutes en voiture des bidonvilles de Mto Wa Mbu (20 000 habitants). La protection de la nature dans les parcs d'Afrique n'est pas un droit inaliénable, et il n'est pas impossible que dans 50 ou 100 ans elle soit remise en cause sous la pression démographique. Il faut garder à l'esprit que nous sommes peut-être les derniers privilégiés à pouvoir admirer cette nature splendide. A long terme, ces sanctuaires ne pourront continuer d'exister que grâce à la stabilité politique de leur pays, aux devises étrangères apportées par le tourisme et à la sensibilisation des écoliers aux problèmes de l'environnement.
L'implication des populations locales est essentielle. Les Africains dans leur immense majorité n'ont jamais visité un parc national, ce loisir onéreux leur étant inaccessible. Il ne faut donc pas s'étonner qu'ils soient peu concernés par la sauvegarde de leur nature et qu'ils continuent à considérer les animaux sauvages comme de la nourriture ou comme un danger. Sous la pression démographique, certains parcs font même l'objet de revendications territoriales (land claims). Ainsi, la tribu des Ba-Phalaborwa voudrait récupérer la partie centrale du parc Kruger, rattachée au sanctuaire en 1926, ce qui serait évidemment une catastrophe écologique irréversible. Faire profiter les populations locales des retombées économiques de l'éco-tourisme est le seul moyen viable de maintenir à long terme les sanctuaires animaliers.
Les parcs et réserves d'Afrique ont en plus bien d'autres défis à relever. Dans ces îlots de nature désormais clôturés ou entourés par les activités humaines, la surpopulation des animaux entraîne l'affaiblissement de leur patrimoine génétique dû à la consanguinité, ainsi que la surexploitation des ressources disponibles. Par ailleurs, l'appât du gain entraîne un braconnage difficile à endiguer, menaçant la survie des espèces animales les plus rares.
Aujourd'hui, l'Afrique du Sud compte 18 parcs nationaux, 6 réserves naturelles, et plus d'un millier de réserves privées. Le pays présente l'avantage de permettre certains safaris en toute autonomie. Un véhicule tout-terrain n'est d'ailleurs pas indispensable dans la plupart des parcs et réserves, notamment Kruger, Hluhluwe-Umfolozi, Pilanesberg et Addo Elephant. Des campings permettent de passer la nuit à prix modique dans les espaces naturels protégés, dont les droits d'entrée sont très raisonnables (par rapport à d'autres pays comme le Kenya ou la Tanzanie par exemple). Suprême avantage, le public a la possibilité de randonner à pied dans les parcs de Kruger, Hluhluwe-Umfolozi et Pilanesberg pour approcher la faune sous la protection d'un guide armé.
L'Afrique du Sud peut bien sûr fournir les prestations les plus abouties dans le safari de luxe. Son réseau de lodges est sans commune mesure dans tout le continent. Grâce à un décor raffiné, ces hôtels bâtis en pleine brousse essayent de recréer l'atmosphère des safaris d'autrefois. Le prix élevé de la nuit est justifié par des prestations de qualité (suites, cuisine haut de gamme, safaris à pied, à cheval, en bateau, etc.).
La Namibie, pays développé et plutôt épargné par les problèmes d'insécurité, présente aussi la possibilité d'organiser soi-même ses safaris dans certains parcs, comme Etosha, Khaudum, Mahango, Bwabwata, Mamili, Mudumu. Même si avec une voiture standard, on peut circuler dans la quasi totalité du pays sur des routes goudronnées et des pistes bien entretenues, un 4X4 est indispensable dans la plupart des parcs et réserves, excepté Etosha et la partie orientale de Mahango. Comme en Afrique du Sud, le prix d'entrée des parcs est peu élevé.
L'hébergement offre une grande palette de possibilités : lodge, hôtel, guest house (chambre d'hôte), guest farm (gîte rural), guest ranch (ranch d'accueil), auberge de jeunesse (en ville), camping (privé, communautaire ou gouvernemental). A ce titre, la Namibie se démarque grandement du reste de l'Afrique.
Le parc le plus visité de Namibie, Etosha, couvrait à sa création en 1907 une superficie de plus de 90 000 km² (équivalent au Portugal). Il est à présent réduit à 22 275 km². Les visiteurs n'ont accès qu'à 1/3 du parc mais peuvent y voir un riche éventail de la faune africaine. Les points d'eau à Etosha sont sans aucun doute les meilleurs endroits d'Afrique pour observer les animaux. A noter que dans le nord de la Namibie, les parcs de la bande de Caprivi présentent un aspect beaucoup plus verdoyant que dans le reste du pays, rappelant à bien des égards le delta de l'Okavango tout proche.

Dès les années 1960, la Tanzanie a fait le choix d'un tourisme respectueux de son environnement. Des safaris étaient déjà organisés dans la région à partir des années 1920, quand le pays sous mandat britannique s'appelait encore le Tanganyika. De nos jours, les infrastructures routières et hôtelières très peu développées ainsi que la configuration des parcs nationaux nécessitent de passer par une agence de safari pour visiter les beautés naturelles de la Tanzanie. Le prix d'entrée des parcs et réserves paraît quelques fois exorbitant, mais le pays a des atouts incontestables : mont mythique du Kilimanjaro, paradis perdu du Ngorongoro, vaste écosystème du Serengeti où se concentre la plus grande densité d'herbivores au monde.
Il faut savoir que les parcs et réserves du sud du pays (Rungwa, Ruaha, Mikumi, Selous, Kitulo, Udzungwa Mountains) sont largement moins visités que ceux du nord et permettent de découvrir une Afrique encore sauvage, loin des foules. En effet, il est parfois frustrant de devoir se frayer un passage parmi une trentaine de 4X4, minibus ou camions pour pouvoir photographier un léopard dans un acacia.
La Zambie et le Botswana ont opté pour un tourisme de luxe. Les safaris y sont organisés par des lodges appartenant à des groupes, souvent sud-africains. Cependant, pour ceux qui se sentent une âme d'aventurier, il est possible de visiter ces parcs en autonome, à condition de disposer d'un 4X4 que l'on saura conduire de manière experte, et de voyager en dehors de la saison des pluies.
La Zambie est un pays vierge, encore peu visité. Sa population est surtout concentrée dans les grandes villes, ce qui a facilité la création des parcs nationaux, lesquels couvrent 1/5 du territoire national. Trois zones en particulier se distinguent par leur unique beauté : le Parc National South Luangwa, le Parc National Kafue et le Parc National Lower Zambezi. Les opérateurs y sont volontairement restreints et soumis à des lois très restrictives. Si l'on veut éviter les prix prohibitifs des lodges, quelques campings permettent de se loger à moindre coût.
Le delta de l'Okavango au Botswana est un autre sanctuaire épargné par le tourisme de masse. Il est divisé en concessions gérées par des lodges privés qui offrent des prestations exclusives, comme des safaris à pied, en pirogue (mokoro) ou à dos d'éléphant d'Afrique.
En raison de l'environnement marécageux, beaucoup de lodges ne sont accessibles que par avion privé. Dans ces conditions, les possibilités de visiter le delta par soi-même sont minces, mais la réserve de Moremi juste à côté permet au voyageur indépendant d'organiser soi-même ses safaris, à condition d'avoir un 4X4 et d'être parfaitement autonome. La carte Shell est la meilleure pour se repérer dans la réserve, dont les pistes ne sont pas toujours bien signalisées. Des campings publics offrent des nuitées à prix dérisoires pour la région.
Après sa longue guerre civile achevée en 1992, le Mozambique tente depuis quelques années de s'ouvrir au tourisme. En 2003, l'association du Parc National Limpopo (Mozambique) avec le Parc National Kruger (Afrique du Sud) et le Parc National Gonarezhou (Zimbabwe) a vu naître une réserve animalière de 35000 km² par la création du Parc Transfrontalier du Grand Limpopo, première phase d'un sanctuaire qui à terme devrait être la plus grande ère de conservation du monde avec ses 99800 km2. Toutefois, le Mozambique nécessite encore d'importants investissements pour pouvoir mettre en place les infrastructures indispensables au développement des safaris. Sa faune ayant beaucoup souffert lors des combats entre guérillas, les couloirs biologiques créés par le Grand Limpopo permettront de redynamiser ses populations de mammifères.
Malgré d'énormes potentiels, le Zimbabwe reste une destination difficile. Depuis son élection à la présidence en 1988, Robert Mugabe a conduit une politique désastreuse sur fond de haine raciale qui a ruiné le pays. Avec une inflation au taux record de 100 580, 2 % en janvier 2008 et de graves pénuries d'essence, il paraît compliqué d'organiser son séjour. Aussi un tour-operator est-il indispensable pour visiter le pays. Mais l'on peut aussi faire des incursions de quelques jours à partir des pays limitrophes en emportant avec soi des provisions d'essence et de nourriture. Le site des chutes Victoria reste la principale attraction des visiteurs séjournant au Zimbabwe. Il faut espérer que des jours meilleurs apporteront une stabilité politique plus propice au tourisme.
Pour finir, l'Ouganda est encore une destination hors des sentiers battus qui mérite le détour car on peut y découvrir une grande diversité d'écosystèmes : le parc Queen Elizabeth offre des paysages de savane où l'on trouve la faune habituelle de fauves, d'antilopes, d'éléphants et de buffles, les lacs et fleuves sont peuplés d'hippopotames et de crocodiles, et la forêt tropicale abrite 19 espèces de primates dont les très attachants gorilles et chimpanzés...
Il est possible d'organiser son propre séjour en louant un 4X4. Les routes sont plutôt bien entretenues, et des campings bon marché sont présents dans tous les parcs. On évitera cependant la partie nord du pays, où sévit une guérilla endémique. Le reste du pays ne pose pas de problème de sécurité, et l'on pourra découvrir la gentillesse d'un peuple éduqué et accueillant. A noter que le prix de la visite aux gorilles de montagnes à Bwindi et Mgahinga est passé de 375 $ à 500 $ en 2008. C'est le prix à payer pour la protection de ces primates dont il ne reste que 700 spécimens dans le monde.
En conclusion, un safari coûtera toujours assez cher car le prix final inclut des frais incompressibles : billets d'avion, taxes d'aéroport, visas, assurances, guide et chauffeur compétent, cuisinier, véhicule bien entretenu, essence, droits d'entrée des parcs et réserves, hébergement, nourriture, matériel photographique, vaccins, traitement anti-paludéen, etc. Mais un safari-photo n'est pas seulement un voyage d'agrément pour admirer les merveilles de l'Afrique, c'est aussi une façon de financer leur préservation, puisque les devises étrangères apportées par l'écotourisme incitent les autorités locales à créer de nouvelles zones protégées et aident à lutter contre le braconnage en payant les salaires de rangers. En outre, l'impact du tourisme sur les écosystèmes est minimisé autant que possible, car les safaris s'effectuent dorénavant dans le cadre de législations de plus en plus coercitives. Le plus important est sans doute que les animaux soient devenus plus rentables vivants que morts...
Les plus beaux sanctuaires d'Afrique existeraient-ils de nos jours sans la mouche tsé-tsé ?
Les espèces animales ont toujours été classées comme bonnes ou mauvaises par les Hommes en fonction de ce qu'elles pouvaient leur apporter. La nature bien sûr est plus subtile que ce manichéisme simplificateur.
La mouche tsé-tsé est un fléau si l'on considère qu'elle tue des milliers de personnes tous les ans. Certaines mouches en effet sont infestées par un trypanosome (Trypanosoma brucei gambiense, T.b. rhodesiense) qu'elles peuvent transmettre aux êtres humains. L'affection, appelée trypanosomiase africaine, est plus connue sous le nom de maladie du sommeil.
Quatre autres espèces de trypanosomes (Tryponosoma brucei brucei, T. congolense, T. vivax, T. simiae) s'attaquent également au bétail, et environ 3 millions de vaches, chèvres et moutons meurent ainsi chaque année de cette maladie parasitaire appellée nagana. C'est la raison pour laquelle les tribus pastorales africaines n'ont jamais pu coloniser certaines zones de savane et de forêt où sévissait la trypanosomiase.
On peut donc estimer que la mouche tsé-tsé est aussi une chance, car elle a permit de conserver intactes de vastes régions d'Afrique où s'épanouissent une faune et une flore d'une grande richesse. Il ne fait aucun doute qu'autrement ces sanctuaires auraient été détruits depuis longtemps par les activités humaines...







































































































