L'épopée du safari

Histoire du safari en Afrique

04 novembre 2008

                                                                                            LE SAFARI EN AFRIQUE DU SUD

L'Afrique  du  Sud  est  l'autre  pôle  historique du "safari". Le terme swahili si fortement lié à l'Afrique de l'Est s'est imposé naturellement en Afrique australe avec l'ouverture au public du parc national Kruger en 1927. Ce sanctuaire a connu un passé difficile, mais à la fin des années 1920, il pouvait à nouveau offrir le spectacle somptueux d'une abondante faune sauvage, tel qu'on peut l'admirer en Afrique de l'Est.

Les voyageurs de l'ère victorienne

William Harris Cornwallis (1807-1848) est sans doute le premier voyageur européen à entreprendre un périple en Afrique du Sud pour le simple plaisir d'admirer les paysages et la faune d'Afrique. Ce capitaine britannique ayant servi aux Indes arrive au Cap en 1836 pour se remettre d'une fièvre. Mais en guise de convalescence, il reprend un bateau pour Algoa Bay (Port Elizabeth), et de là, organise une expédition de 5 mois dans l'ouest du Transvaal. Il s'adonne sans retenue à sa passion, la chasse, mais n'en demeure pas moins un fin observateur des animaux qu'il rencontre et qu'il s'applique à peindre en détail. On lui attribut la "découverte" de l'hippotrague, dénommée d'ailleurs dans les premiers temps "antilope d'Harris".

Sable antelope ("Portraits of the game and wild animals of Southern Africa", William Harris Cornwallis, 1840).

Sable_antelope

William Cornwallis Harris reflète parfaitement le voyageur de l'ère victorienne pour qui l'amour de la nature était indissociable de la chasse. Sans doute faut-il faut se replacer dans le contexte de l'époque pour comprendre la passion qui animait ces chasseurs-naturalistes sans les juger de manière anachronique. Il n'en demeure pas moins que l'extinction de certaines espèces animales d'Afrique australe comme le zèbre quagga, le lion du cap ou l'antilope bleue est directement liée à une chasse outrancière qui, bien souvent, n'était même pas une activité de subsistance, mais une extermination délibérée pour affecter des terres vierges à l'élevage et à l'agriculture, ou un loisir égoïste qui prive à jamais les générations suivantes de certaines splendeurs de ce monde.

Ndebele Warrior (William Harris Cornwallis).

Ndebele_Warrior

En 1891, Lord Randolph Churchill, père du célèbre Winston du même nom, part de la Colonie du Cap pour un grand voyage à cheval à travers le Transvaal, le Bechuanaland (actuel Botswana) et le Mashonaland (région nord de l'actuel Zimbabwe). Son expédition préfigure le luxe des safaris des années 1920. Il se fait accompagner  d'un chirurgien, d'un ingénieur des mines, de quatre cuisiniers et d'une trentaine de serviteurs. Par ailleurs, il emporte dans ses chariots des provisions "essentielles" telles que des caisses de gin, de champagnes et de grands vins, ainsi qu'un piano. Dans ses lettres au journal londonien Daily Graphic où il livre ses impressions, il déclare que l'Afrique du Sud est "la région du monde la plus favorisée par la nature". (Traduction : Emmanuel THERET)

La chasse intensive

En Afrique australe, le massacre de la faune a débuté au 17ème siècle avec l’installation des premiers colons hollandais dans la région du Cap. Deux siècles de chasse intensive suffiront à faire disparaître une biodiversité de plusieurs millénaires dans le sud du pays. Cette extermination se poursuit à partir de 1830, quand les colons boers commencent à émigrer vers le nord pour fuir le joug britannique. Lors de leur « grand trek», les pionniers découvrent des terres vierges où le gibier semble inépuisable. Les massacres d’antilopes auxquels ils se livrent sont à l’origine de la tradition sud-africaine du biltong, des lanières de viandes séchées. D’abord moyen de subsistance, la chasse prend bientôt la forme d’un commerce lucratif : le cuir, l’ivoire d’éléphant et les plumes d’autruche sont vendus aux marchands de la côte pour être exportés vers l’Europe.

                                                                                                                                      Dans les années 1870, l’exploitation agricole sur le territoire de l’actuel parc Kruger est alors impossible à cause des maladies qui déciment aussi bien les hommes (paludisme, maladie du sommeil) que le bétail (nagana, fièvre de la Côte Est). La région prend ainsi sa sinistre réputation de «tombe pour l’homme blanc» («white man’s grave»). C’est seulement en hiver, quand les risques de malaria sont grandement réduits, que des équipes de Boers descendent des montagnes du Drakensberg pour mener leurs campagnes de chasse dans le Lowveld (basses terres) où le gibier n’a pas encore été totalement exterminé.

Au 19ème siècle, lorsqu'ils partent chasser dans le Veld, les colons boers tirent sur tout ce qui bouge. Etre une bonne  gâchette est un statut valorisant dans ce pays pleins de dangers et conquis par les armes (illustration de "Sieben Jahre in Süd-Afrika" d'Emil Holub, Vienne, 1881).

Sept_ans_en_Afrique_du_Sud__Emil_Holub

Dans ses mémoires (South African Eden, Cassell and Company, Ltd, London, 1937), James Stevenson-Hamilton donne une description éloquente de l'état d'esprit des premiers colons qui s'étaient installés dans la région de l'actuel parc Kruger à la fin du 19ème siècle :

"Parmi les anciens du Lowveld [...], il n'y avait pas de trait de caractère plus proéminent que la fierté de leur agilité au tir. Ils en étaient aussi orgueilleux qu'une belle peut l'être de ses charmes, et ils étaient autant jaloux de leurs rivaux qu'un jeune homme l'est d'un concurrent en amour. On pouvait dénigrer leur sens moral, leur apparence physique, voire leur honnêteté, et être pardonné pour cela; mais les offenser sur leur adresse au tir était une insulte irrémissible. [...] Leurs méthodes n'étaient pas toujours très éthiques. Ils faisaient rarement cas du sexe, de l'âge, ou de la quantité d'animaux qu'ils pouvaient abattre. En fait, leur principal objectif étaient de tuer le plus grand nombre dans le temps le plus court avec le moins de munitions possible... [...]". (Traduction : Emmanuel THERET)

Chasse_au_leopard

Dans les années 1890, la faune du Lowveld a presque complètement disparue. Une terrible épidémie de peste bovine survenue en 1896 et le déclenchement de la deuxième guerre anglo-boer (1899-1902) achèveront l’œuvre de destruction des chasseurs. Le sort de ce territoire aurait dû être irrémédiablement scellé si un écossais du nom de Stevenson-Hamilton ne s’était pas entêté durant 25 longues années à redonner à la vie sauvage de la région sa splendeur passée…

Les premières mesures de conservation

A la fin du 19ème siècle, quelques initiatives sont tentées avec plus ou moins de succès en Afrique australe pour essayer d’endiguer la rapide disparition de la faune. En 1894, le  président  de  la  République Sud-Africaine (Zuid-Afrikaansche Republiek), Paul Kruger, signe le décret qui instaure la réserve de Pongola, mais en 1921, le premier sanctuaire protégé d'Afrique est supprimé par les autorités britanniques sous la pression des fermiers qui ont colonisé les lieux. A la fin des années 1930, les animaux sauvages de la région ont été totalement exterminés, victimes d'une croyance infondée qui les accusent d'attirer les mouches tsé-tsé responsables de la maladie du sommeil. Ce n'est qu'en 1993 que la réserve renaît finalement de ses cendres, quand sept propriétaires terriens abattent leurs clôtures pour recréer la Pongola Game Reserve et repeupler sa faune.

Créés en 1895 dans la colonie britannique du Natal, les réserves de Hluhluwe et d'Umfolozi ont pour but de sauver les derniers rhinocéros blancs de l'extinction. Cet objectif sera couronné de succès, mais d'autres espèces animales seront chassées impitoyablement jusqu'en 1945.

La naissance du parc Kruger

En  matière  de  conservation,  l’œuvre  majeure  qui  restera  dans l’histoire sud-africaine est le parc national Kruger. Ce sanctuaire animalier, désormais célèbre dans le monde entier, est devenu le passage obligé de tout séjour en Afrique du Sud. Mais il existe derrière l’image idyllique que le parc offre à ses visiteurs un passé laborieux dont souvent on ignore tout. C’est peu dire en effet que la création du premier parc national d’Afrique tient du miracle…

En 1884, Paul Kruger avait proposé au Voolksraad (Parlement du Peuple) de faire protéger la zone de Lowveld (Basses Terres) entre les rivières Sabie et Crocodile. Il entendait ainsi sauver de l'extinction la faune qui y avait été décimée en quelques décennies par la chasse intensive. L'idée révolutionnaire d'une vaste zone protégée n'avait soulevé l'enthousiasme que de quelques rares visionnaires, se heurtant majoritairement à la dérision et au scepticisme. Le Parlement, relayé par le Conseil Exécutif dans les derniers temps, retardera pendant 14 ans la réalisation de ce projet par une étonnante force d'inertie. Après d'innombrables débats relancés par des parlementaires persévérants comme Louw, Erasmus, Van Wijk, et surtout Loveday, ce n'est finalement qu'en 1898 que le Conseil Exécutif entérine la naissance de la  réserve de la Sabie (Sabiewildreserwe).

Chasse dans le Lowveld dans les années 1880.

Chasse_dans_le_Lowveld

"Si je ne ferme pas cette petite partie du Lowveld, nos petits-enfants ne sauront jamais à quoi ressemblent un koudou, un élan ou un lion" écrit alors Paul Kruger (Traduction : Emmanuel THERET). Les intentions du vieux président sont certes louables mais la décision du Voolksraad est plus pragmatique. Les mentalités ne sont pas encore prêtes pour une protection de la nature telle qu'on la conçoit aujourd'hui, c'est-à-dire dans un but purement esthétique et désintéressé. En fait, l'instauration de cette zone protégée a pour principal objectif de relever les effectifs d'antilopes et de grands herbivores afin de créer une future réserve de chasse. De toute façon, la république sud-africaine n'a pas les moyens de ses ambitions, et par manque de fonds, ce sont en définitive deux agents de police de la ZARP (Zuid-Afrikaanse Republiek Polisie) qui sont chargés de surveiller la réserve : le sergent Izak Holzhausen, basé à Nelspruit, et le caporal Paul Bestbier, basé à Komatipoort. Chaque gardien ayant dans les faits une zone de plus de 2 000 km², il est difficile de croire au sérieux des belles résolutions du Voolksrad en matière de conservation...

La seconde guerre des Boers qui débute en 1899 laisse le projet de réserve en suspens jusqu'à la victoire des Britanniques en 1902. Cette année-là, le major James Stevenson-Hamilton est nommé gardien de la Sabie Game Reserve, réinstaurée par l'administration de Lord Milner. Alors âgé de 35 ans, l'officier du 6th Inniskilling Dragoons accomplira sa mission de conservation avec une opiniâtreté qui ne faillira pas jusqu'à sa retraite en 1946. Dans son livre, South African Eden, il décrit l'instant émouvant de son arrivée à la réserve Sabie :

"Après-midi du 25 juillet 1902. Sur la crête du dernier escarpement du Drakensberg, surplombant le fouillis des ravins recouverts de broussailles et des terrasses rocheuses qui en constituent les contreforts, ma petite caravane fait une halte pour que je puisse contempler le fantastique panorama de montagnes et de forêts qui se dévoile à nous.

Le soleil couchant dore le pinacle  dénudé du Legogote et pare d'un rose éphémère les trois sommets de Pretoriuskop, limite au-delà de laquelle commence un monde de mystère. A l'est, aussi loin que l'on puisse voir, s'étend la ligne onduleuse des cimes d'arbres; au premier plan, c'est un mélange de vert, de jaune et de brun roux qui avec la distance fusionne en un voile bleu-gris et finit par prendre une teinte de plus en plus faible jusqu'à se confondre avec l'horizon [...].

La faune s'éveille tout juste de sa sieste de l'après-midi. Partout des francolins caquètent, et d'un fossé proche, me parvient le cri métallique d'une pintade. Des passereaux gazouillent dans les arbres, et leur joyeux vacarme couvre les sons confus qui commencent à s'élever ici et là de la forêt... C'est la voix de l'Afrique, qui transporte avec elle une paix et un ravissement infinis". (Traduction : Emmanuel THERET)

James Stevenson-Hamilton (1867-1957). 

James_Stevenson_Hamilton

Stevenson-Hamilton s'installe d'abord quelques mois sur les rives de rivière Crocodile pour se familiariser avec la région et sa faune avant d'établir son quartier général définitif à Sabie Bridge (aujourd'hui, camp de Skukuza). Sa tâche s'annonce difficile, tant l'état des lieux est désastreux : les rhinocéros blancs et noirs ont  depuis longtemps disparus, les buffles ont été presque complètement éradiqués par l'épidémie de peste bovine de 1896, et quelques rares éléphants venus du Mozambique sont parfois de passage dans la région. En 1902, Stevenson-Hamilton estime que la réserve Sabie n'abrite plus qu'une centaine de cobs à croissant, une quarantaine de gnous bleus et de koudous, une quinzaine d'hippopotames, une douzaine d'hippotragues, 8 buffles, 5 girafes et 5 damalisques.

Le Native Affairs Departement autorise Stevenson-Hamilton à engager du personnel pour lutter contre le braconnage. Pragmatique et sans concession, Stevenson-Hamilton s'emploie également à déplacer  les populations locales hors de la réserve (environ 3000 personnes). Il prend ainsi le surnom de "skukuza" ("celui qui chamboule tout" en Tsonga). Enfin, pour rehausser rapidement les troupeaux d'antilopes, il fait chasser tous les prédateurs. Ce programme d'abattage ciblé (culling) permet certes de reconstituer les populations d'herbivores en une dizaine d'années, mais il laisse songeur sur les erreurs de cette époque. Stevenson-Hamilton se tournera à partir de 1912 vers une gestion de la faune plus holistique. Regrettant sans doute les maladresses de ses débuts, il écrit dans ses mémoires : "J'ai toujours pensé que la nature était capable de gérer ses propres affaires mieux que l'Homme ne peut le faire pour elle, et quand cela était possible, j'ai œuvré dans cet état d'esprit." Consigné dans des registres, l'abattage systématique pratiqué de 1903 à 1927 aura malheureusement supprimé un nombre considérable de prédateurs, parmi lesquels des espèces aujourd'hui en voie de disparition : 50 outres, 87 ratels, 110 grands-ducs, 250 caracals, 269 guépards, 310 faucons, 358 aigles, 402 pythons, 417 chats sauvages, 521 hyènes, 635 crocodiles, 660 léopards, 678 servals, 821 zorilles, 1142 lycaons, 1272 lions, 1354 serpents venimeux, 1644 civettes, 1900 genettes, 2006 babouins, 3133 chacals. Cette liste étant sans doute un minimum...

Sabie Bridge, cœur historique du parc Kruger. A la fin de l'année 1902, Stevenson-Hamilton s'installe dans une maison près du pont de la Sabie, lequel est alors en ruine et ne sera reconstruit qu'en 1912. L'endroit devient le quartier général de la réserve. Le camp de Sabie Bridge est rebaptisé Skukuza en 1936, du nom Tsonga de Stevenson-Hamilton.

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Quelques mois seulement après sa prise de fonction dans la réserve, Stevenson-Hamilton entame des négociations avec le gouvernement et les compagnies propriétaires de terres dans le Lowveld pour agrandir le sanctuaire, qui ne couvrent alors que 4600 km². Les immenses fermes au nord de la Sabie n'occupent le terrain que de manière symbolique car la zone est infestée par le paludisme et la trypanosomiase. De plus, la terre est trop ingrate pour permettre les cultures. En obtenant un contrat de leasing renouvelable tous les cinq ans, Stevenson-Hamilton  parvient ainsi à étendre la réserve Sabie jusqu'à la rivière Olifants, à 200 km plus au nord. Ces 9000 km2 supplémentaires font tripler d'un seul coup la superficie de la zone protégée. 

En 1903, un deuxième sanctuaire est établie par le Native Affairs Departement dans la partie nord de l'actuel parc Kruger, entre les rivières Letaba et Luvuvhu. Stevenson-Hamilton se voit confié ce territoire de 9000 km² baptisé Shingwedzi Game Reserve, ce qui porte à 22000 km² la zone qu'il doit à présent administrer.

En  1914,  le  territoire  entre  les  réserves  Sabie et Shingwedzi, qui est alors du ressort du Service des Mines (Department of Mining) devient également une zone protégée qui sera intégré au futur parc Kruger en 1926.

Les réserves Sabie et Shingwedzi sont réunies en 1916 sous le nom de Transvaal Game Reserve.

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Portrait du sergent Njinja Ndlovu qui servit comme ranger dans la réserve Sabie puis le parc Kruger de 1910 à 1945 (par C T Astley Maberly). 

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Dès  le  début,  Stevenson-Hamilton  doit  affronter  de  nombreuses pressions, et notamment celles  des  fermiers  de  la  région qui se montrent très hostiles à la conservation d'une faune sauvage vectrice d'épidémies sur des terres qui pourraient être attribuées à leur propre profit. Le gouvernement doit céder, et de 1912 à 1924, les éleveurs de moutons sont autorisés à faire pâturer leurs troupeaux en hiver dans les plaines de la région de Pretoriuskop, sans toutefois que l'interdiction de la chasse ne soit remise en cause.

Dans les années 1920, l'action de Stevenson-Hamilton est fréquemment vilipendée dans les journaux locaux et nationaux. "J'aimerais attirer l'attention de nos lecteurs sur le scandale de la réserve Sabie où l'on élève des lions depuis 25 ans" peut-on lire dans un éditorial sur le sujet, paru en 1925 dans l'hebdomadaire Farmer's Weekly. [...] Pour toutes ces chimères, ce gaspillage d'argent et de gibier, ainsi que ces erreurs de gestion, je trouve que la pérennité de la réserve Sabie est géniale."(Traduction : Emmanuel THERET)

A partir de 1922, Stevenson-Hamilton milite pour l'établissement d'un parc national sur le modèle du Yellowstone National Park,  consacré par un acte du Congrès américain comme un "endroit de loisir pour le bénéfice et la joie de tous". Il démarche ainsi certains ministres, intrigue dans les services du gouvernement de l'Union qui peuvent lui être utiles, fait parler de son projet dans la presse. Cherchant à  développer le tourisme dans sa réserve pour lui donner les meilleures chances de survivre à l'avenir, il tente en 1923 une expérience dont les résultats s'avèreront très encourageants.

Cette année-là, la compagnie des chemins de fer sud-africains (South African Railways) propose aux touristes un circuit en train qui permet de visiter les sites intéressants de l'est du Transvaal. Ce tour de 9 jours, le "Round-in-Nine", débute par les vergers d'agrumes de Nelspruit, passe par les cols de Pilgrim's Rest, traverse la réserve Sabie (entre les camps actuels de Skukuza et de Crocodile Bridge) et s'achève à Lourenço Marques (de nos jours, Maputo, capitale du Mozambique).

Le tronçon ferroviaire qui passait dans la région sud du parc Kruger, la Selati Line, avait été bâtie initialement pour relier les mines d'or de Leydsdorp, dans les montagnes du Drakensberg, à la ligne Pretoria-Delagoa Bay, au Mozambique, mais sa construction depuis Komatipoort s'était arrêtée en 1894 à l'endroit  de l'actuel camp de Skukuza avec la faillite de la compagnie responsable des travaux.  Abandonnée pendant 18 ans, cette voie ferrée avait été remise en service en 1912 avec la reconstruction du pont de la Sabie, alors en ruine, et l'étendue de la ligne jusqu'à Tzaneen.

Lourenco_Marques1905

En lisant le programme du Round-in-Nine, Stevenson-Hamilton est un peu déçu de constater que le train ne doit passer dans la réserve que de nuit. A l'époque, les préjugés sur la préservation de la nature sont encore très forts. Stevenson-Hamilton raconte :

"Je demandais une entrevue avec le responsable, que je connaissais, et lui suggérais de permettre aux trains de passage dans la réserve d'y faire une halte, ou tout au moins de la traverser de jour. "Mais pourquoi faire ?", me demanda-t-il avec surprise.

"Eh bien, certaines personnes seraient peut-être intéressées de pouvoir observer les animaux".

Il me regarda fixement pendant un moment, comme on le fait avec une personne dont on doute de la santé mentale, puis  il se rendossa dans sa chaise en éclatant de rire. Quand il eut retrouvé ses esprits, il hoqueta : "Non,  mais regardez vos vieux gnous ! Qu'est-ce qui pourrait bien donner à quiconque l'envie de venir les voir ?". Puis soudain pris d'une idée : "Attendez, on peut conclure un arrangement. Si vous nous autorisez à nous arrêter pour faire un peu de tir sur le gibier - je vous promets que nous n'emmènerons qu'un seul fusil dans le train - je suis sûr que cela pourrait amuser les passagers. Nous pourrions embarquer un tireur d'élite, et des touristes seraient peut-être tentés de tirer eux-aussi. Si vous êtes d'accord avec cela, je pense que je pourrais convenir d'une halte d'une heure".

Et Stevenson-Hamilton de conclure, fataliste :

Bien, bien ! Vingt années d'efforts pour en arriver à laisser des néophytes canarder des animaux à moitié domestiqués. Mais ce genre d'attitude envers la faune était encore très commun en 1923. (South African Eden). (Traduction : Emmanuel THERET)

Stevenson-Hamilton refuse bien sûr cette proposition, mais il réussit à négocier un arrêt du train pour la nuit à Sabie Bridge où les passagers se voient conviés à un dîner dans le bush autour d'un grand feu. Ces citadins habitant pour la plupart à Johannesburg sont charmés par l'atmosphère des lieux, et au grand étonnement de la compagnie de chemins de fer, l'étape de Sabie Bridge s'avère de loin la plus populaire du tour. Par la suite, un ranger est donc chargé d'accompagner les passagers lors de leur traversée de la réserve, qui s'effectue désormais de jour, afin de leur donner des explications sur la faune rencontrée et les guider lors de petites marches dans le bush à certains arrêts.

Ancienne gare de Sabie Bridge (camp de Skukuza).

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Des touristes peuvent donc être intéressés à venir observer les animaux de la réserve. Ce qui nous semble une évidence aujourd'hui est une conception révolutionnaire en ce temps-là, surtout dans un pays où la chasse est une tradition historique aussi forte. Stevenson-Hamilton note à ce propos :

"Les animaux sauvages n'étaient considérés que d'un point de vue purement utilitaire et n'étaient admirables que lorsqu'ils étaient morts. [...] "Mais cher ami, à quoi cela sert de garder les choses ?" m'a-t-on dit une bonne centaine de fois. Je me rappelle de quelqu'un qui, à Pretoria ou Johannesburg, m'enviait pour les "formidables parties de chasse" que je devais m'offrir. Quand je lui répondis que ni moi ni mon équipe ne tirions jamais sur le gibier, il me regarda bouche bée pendant un instant avant de laisser échapper :"Pourquoi, vous ne savez donc pas tirer ?" Dans ces années-là, il arrivait aussi qu'un membre du Conseil Législatif  qui n'était pas particulièrement favorable à la préservation des animaux se mette à pester contre ce qu'il appelait les salaires extravagants versés à notre équipe. "Moi, ajoutait-il,  je ferais ce travail gratuitement, juste pour pouvoir chasser !" (South African Eden). (Traduction : Emmanuel THERET)

Les changements politiques en Afrique du Sud vont aider Stevenson-Hamilton à réaliser son rêve de parc national. En 1924, une vague de patriotisme afrikaner porte le National Party au pouvoir, et Piet Gobler, un petit-neveu de Paul Kruger, est nommé ministre du territoire. Stevenson-Hamilton trouve en lui un allié de poids qui sera déterminant dans la suite des évènements. Tout acquis à la cause d'un grand sanctuaire animalier qui porterait le nom de son illustre parent, Gobler met en place le cadre législatif pour la création des futurs parcs nationaux du pays. Dans les premiers mois de 1926, les terres des fermiers et des compagnies privées situées entre les rivières Sabie et Olifants sont rachetées à bon prix ou échangées contre d'autres terres à l'extérieur du futur parc. Le 31 mai 1926 enfin, un décret parlementaire (National Parks Act) transforme la réserve du Transvaal en parc national sous le nom de Kruger National Park.

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Un conseil d'administration de dix membres prend dorénavant la direction du parc Kruger. Après plus de 20 années de lutte contre un monde d'obscurantisme pour sauver sa réserve, qu'il nomme dans ses mémoires sa "pauvre Cendrillon" (poor Cinderella),  Stevenson-Hamilton songe à se retirer, mais il se laisse finalement persuader de garder des fonctions au sein du nouveau parc national.

La  région  de Pretoriuskop est ouverte aux automobilistes en 1927 pour un droit d'entrée d'une livre sterling par véhicule. Une piste permet alors un aller-retour d'une journée entre White River et Pretoriuskop, en passant par Mtimba. Cette année-là, le parc n'accueille que trois automobiles pour l'équivalent d'une douzaine de visiteurs, mais en 1928, le nombre de véhicules s'élève déjà à 180, et en 1929 à 850.

Bac à Malelane, au sud du parc, dans les années 1930.

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Pour  développer  le  tourisme  du  parc,  des  infrastructures  sont progressivement mises en place par la construction de routes, de camps, de ponts et de lignes téléphoniques. En 1931, la partie septentrionale du parc, anciennement réserve de Shingwedzi, est ouverte au public. Longtemps négligée, cette zone qui a toujours été moins riche en faune que le sud du parc abrite cependant des espèces animales qui n'existent pas ailleurs dans le sanctuaire, comme les éléphants, les élands et les nyalas. De plus, cette région offre aux touristes des paysages parfois superbes, comme dans la région des rivières Olifants et Pafuri.

Afin de répartir au mieux la faune dans tout le parc, une vingtaine de puits à éolienne sont forés entre 1933 et 1935 pour créer des abreuvoirs. La construction de ces puits est entièrement financée par une campagne de souscription lancée dans le journal de Johannesburg, The Star. L'initiative est un succès qui dépasse toutes les attentes, démontrant l'intérêt grandissant du public sud-africain pour la conservation de sa faune sauvage.

Les premières années, les visiteurs sont de vrais amoureux de la nature qui s'accommodent de conditions d'hébergement très rudimentaires. Ces précurseurs sont rapidement supplantés par des foules de néophytes citadins plus attachés à leur confort, obligeant l'administration du parc à améliorer sans cesse les services dans ses camps : restaurants, magasins, bureaux téléphoniques, eau chaude, éclairage électrique... En 1935, le parc Kruger accueille 26000 visiteurs qui s'enthousiasment pour la mode du safari. Aux habitants des grandes villes d'Afrique du Sud s'ajoutent bientôt des touristes étrangers en provenance du Swaziland, de Rhodésie (Zambie et Zimbabwe) et d'Afrique de l'Est Portugaise (Mozambique). Avec l'arrivée des touristes américains et européens, les chiffres des entrées vont continuer à augmenter de manière exponentielle : en 1948, le total des visiteurs s'élève à 59000, en 1955,  à 100 000, en 1968, à 300 000, et en 2004, à 1,3 million.

Promenade en famille dans le secteur de Phalaborwa, années 1930.

Pique_nique_en_famille_pr_s_de_Phalaborwa__dans_les_ann_es_1930

A l'ouverture du parc aux touristes, personne ne sait vraiment comment la faune va se comporter face aux automobiles. "Les animaux, de leur côté, écrit Stevenson-Hamilton, réagirent noblement. Ayant rapidement découvert que les monstres inconnus qui venaient rugir sur les routes dans des nuages de poussière étaient inoffensifs, ils cessèrent vite de leur prêter plus qu'une vague attention et continuèrent à vaquer à leurs occupations quotidiennes comme si les intrus n'étaient pas là. Ou presque. Les impalas, des antilopes d'habitude si prudentes et timides, s'entassaient sur les routes et barraient le passage aux véhicules comme des moutons, se faisant d'ailleurs souvent écraser." (South African Eden). (Traduction : Emmanuel THERET)

On découvre à l'époque que tant que l'on reste dans son automobile, on peut gesticuler ou même crier sans que cela effraye grandement les animaux, tandis que si l'on sort de son véhicule, on les fait fuir immédiatement : la bipédie des êtres humains est en effet une attitude si étrange pour les animaux sauvages qu'ils l'interprètent comme une menace. L'automobile devient ainsi un moyen providentiel de s'approcher de la faune. Par les fenêtres de leur véhicule, les touristes peuvent prendre des clichés qu'il leur serait impossible d'obtenir par une approche à pied.

Un profond changement de mentalité s'opère parmi le public."Désormais, écrit Stevenson-Hamilton, on n'envie plus comme auparavant les prouesses dans le massacre des animaux sauvages. L'appareil photo devient rapidement l'arme de chasse la plus populaire; les images d'animaux vivants éveillent plus d'intérêt que celles de cadavres; et la sympathie va de pair avec l'amélioration de la connaissance et de la compréhension."(South African Eden). (Traduction : Emmanuel THERET)

Quelques privilégiés ont déjà eu la chance de pouvoir prendre des clichés quand le parc n'était pas encore ouvert au public. Dès 1920, le Colonel F R G Hoare avaient pris l'habitude de passer plusieurs semaines en compagnie de Stevenson-Hamilton pour faire des photos de la faune avec un appareil à longue focale, de même que Paul Selby, un Américain membre de la Wild Life Protection Society. Ce dernier passait beaucoup de temps à créer un camouflage de branches vertes sur son camion pour ne pas effaroucher les animaux, ne se doutant pas que quelques années plus tard, des milliers d'automobiles allaient circuler sur les routes du parc sans que la faune n'y attache plus la moindre importance.

Considérés depuis toujours comme une nuisance et exterminé en conséquence,  les lions deviennent rapidement la grande attraction du parc Kruger.

"Quand deux voitures se croisaient sur la route et que leurs occupants s'arrêtaient pour échanger des informations, la première question que l'on se posait mutuellement étaient toujours "Avez-vous vu un lion ?", ou parfois, "Avez-vous vu quelque chose?", ce qui voulait dire la même chose.

Un jour que je demandais à un automobiliste s'il avait vu des animaux sur la route, il me répondit :"Rien du tout".

"Mais, rétorquais-je un peu surpris, j'arrive de cette direction moi-aussi, et j'y ai vu de nombreux impalas, cobs à croissant et quelques hippotragues.

"Oh çà, répondit mon interlocuteur avec dédain. Oui, je les ai bien vu, mais je n'ai pas aperçu un seul lion !" (South African Eden, James Stevenson-Hamilton). (Traduction : Emmanuel THERET)

Touristes en automobiles dans le Parc Kruger, au début des années 1930.

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Des "rondavels" sont bâties entre 1928 et 1929 dans les camps de Sabie Bridge (rebaptisé Skukuza en 1936), Satara et Pretoriuskop pour accueillir les touristes. L'une de ces huttes a subsisté jusqu'à nos jours et est visible à Skukuza (W A Campbell hut).

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Les trésors de la "Stevenson-Hamilton Memorial Library", au camp de Skukuza, KNP. Ces éditions originales sont librement consultables aux horaires d'ouvertures (quand la responsable n'est pas absente avec le trousseau de clés des armoires !). 

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Musée de la "Stevenson-Hamilton Memorial Library", où se trouve notamment la peau du lion que le ranger Harry Wolhuter tua en 1903 pour sauver sa vie avec un simple couteau de poche, également exposé.

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Site de la mésaventure de Harry Wolhuter, expliquée en trois stèles (Lindanda Wolhuter Memorial, nord-est de Tshokwane, sur Lindanda Road ou piste S 35).

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La stèle au centre de la photo ci-dessus est érigée à l'endroit où, le 26 août 1903, à la nuit tombée, le ranger Harry Wolhuter est jeté à terre de son cheval par un lion caché dans les broussailles. Pendant qu'un deuxième lion se lance à la poursuite de son cheval, Wolhuter est traîné par le fauve sur une cinquantaine de mètres jusqu'à la stèle à droite de la photo. Là, il réussit à saisir le couteau attaché à sa ceinture et poignarde la bête par deux fois au cœur et une troisième fois à la gorge. Le lion lâche prise,  et sans doute impressionné par les hurlements dont Wolhuter l'abreuve avec l'énergie du désespoir, fait demi-tour et va agoniser non loin de là. Ensanglanté, Wolhuter parvient ensuite à se hisser dans un arbre qui s'élevait alors à l'endroit de la troisième stèle, à gauche de la photo. Il reste ainsi sur son perchoir pendant plusieurs heures en attendant l'arrivée de ses porteurs noirs qui le suivent, tandis que le deuxième lion, revenu bredouille de sa course poursuite avec le cheval, rôde aux alentours.

Les grands défis actuels

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De nos jours, la pression urbaine aux portes du Parc Kruger est énorme. Il y a 150 ans, une abondante  faune sauvage déambulait dans les paysages de cette photo. Si les 19000 km² du parc Kruger n'avaient pas été protégés, il ne fait aucun doute que ce sanctuaire serait à présent recouvert de bidonvilles.

Le problème malheureusement se retrouve partout en Afrique : à titre d'exemple, le parc d'Etosha en Namibie est bordé au nord par la région la plus peuplée du pays (800 000 habitants), le parc de Nakuru se trouve à la sortie de la quatrième ville du Kenya (100 000 habitants), et l'entrée du parc du Lac Manyara en Tanzanie n'est qu'à cinq minutes en voiture des bidonvilles de Mto Wa Mbu (20 000 habitants). La protection de la nature dans les parcs d'Afrique n'est pas un droit inaliénable, et il n'est pas impossible que dans 50 ou 100 ans elle soit remise en cause sous la pression démographique. Il faut garder à l'esprit que nous sommes peut-être les derniers privilégiés à pouvoir admirer cette nature splendide. A long terme, ces sanctuaires ne pourront continuer d'exister que grâce à la stabilité politique de leur pays, aux devises étrangères apportées par le tourisme et à la sensibilisation des écoliers aux problèmes de l'environnement.

L'implication des populations locales est essentielle. Les Africains dans leur immense majorité n'ont jamais visité un parc national, ce loisir onéreux leur étant inaccessible. Il ne faut  donc pas s'étonner qu'ils soient peu concernés par la sauvegarde de leur nature et qu'ils continuent à considérer les animaux sauvages comme de la nourriture ou comme un danger. Sous la pression démographique, certains parcs font même l'objet de revendications territoriales (land claims). Ainsi, la tribu des Ba-Phalaborwa voudrait récupérer la partie centrale du parc Kruger, rattachée au sanctuaire en 1926, ce qui serait évidemment une catastrophe écologique irréversible. Faire profiter les populations locales des retombées économiques de l'éco-tourisme est le seul moyen viable de maintenir à long terme les sanctuaires animaliers. 

Les parcs et réserves d'Afrique ont en plus bien d'autres défis à relever. Dans ces îlots de nature désormais clôturés ou entourés par les activités humaines, la surpopulation des animaux entraîne l'affaiblissement de leur patrimoine génétique dû à la consanguinité, ainsi que la surexploitation des ressources disponibles. Par ailleurs, l'appât du gain entraîne un braconnage difficile à endiguer, menaçant la survie des espèces animales les plus rares.

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                                                                                                                      ORGANISER SON SAFARI

Organiser soi-même son safari demeure une expérience bien plus exaltante que de passer par un tour-operator. Les vacanciers qui préfèrent se laisser guider choisiront bien sûr une agence de safari, laquelle a l'avantage d'éviter les problèmes de logistique, mais en contrepartie ils seront tributaires d'un horaire rigide qui peut être très frustrant pour la photographie animalière. La location d'une voiture laisse au contraire une grande liberté de mouvement et permet de profiter pleinement du pays.

Kenya

Contrairement à une idée reçue, il est parfaitement possible de visiter les parcs et réserves du Kenya sans recourir aux services d'un tour-operator. On peut en effet louer une voiture, avec ou sans chauffeur, et organiser son propre parcours. Toutes les grandes compagnies internationales de location sont présentes dans le pays. Il ne faut pas s'attendre à avoir un véhicule en parfait état, et le prix de la location est plutôt cher, mais en cherchant bien, on peut trouver quelques petites compagnies basées à Nairobi qui proposent des tarifs intéressants.

                                                                                                                         Pour le Masaï Mara, Amboseli, ainsi qu'une partie de Tsavo et de Nakuru, un véhicule standard peut suffire. Pour les autres sanctuaires, un 4X4 s'avère indispensable, non pas pour la puissance du moteur mais pour la hauteur du châssis. Les pistes en effet ne nécessitent pas de compétences particulières; il s'agit juste de pouvoir franchir de petites rivières ou d'éviter des trous sur la route. Cependant, il est fortement recommandé de voyager en dehors de la saison des pluies (fin mars-début juin) pour éviter de s'embourber. Hormis Tsavo, les parcs du Kenya ne sont pas très grands et leurs pistes sont (en général) signalisées, ce qui limite le risque de se perdre. De nombreux campings permettent de se loger sur place à des prix raisonnables, voire bon marché. Il est même possible de faire du camping sauvage au parc national de Chyhullu Hills. La meilleure période pour observer la faune au Kenya se situe entre septembre et novembre. Il faut savoir qu'en dehors de certains parcs peu visités (Shaba, Meru, Saïwa Swamp), la fréquentation des touristes est très importante dans les autres sanctuaires en haute saison (Noël, janvier, février et août).

Afrique du Sud

Aujourd'hui, l'Afrique du Sud compte 18 parcs nationaux, 6 réserves naturelles, et plus d'un millier de réserves privées. Le pays offre aux touristes la possibilité d'organiser facilement leur propre visite des parcs animaliers grâce à des infrastructures développées. Un véhicule tout-terrain n'est d'ailleurs pas indispensable dans la plupart des parcs et réserves, notamment Kruger, Hluhluwe-Umfolozi, Pilanesberg et Addo Elephant, où les pistes sont excellentes. Des campings permettent de passer la nuit à prix modique dans les espaces protégés, dont les droits d'entrée sont d'ailleurs très raisonnables en comparaison du Kenya ou de la Tanzanie par exemple. Suprême avantage, le public a la possibilité de randonner à pied  dans les parcs de Kruger, Hluhluwe-Umfolozi et Pilanesberg pour approcher la faune sous la protection d'un guide armé.

L'Afrique du Sud peut bien sûr fournir les prestations les plus abouties dans le safari de luxe. Son réseau de lodges est sans commune mesure dans tout le continent. Grâce à un décor raffiné, ces hôtels bâtis en pleine brousse essayent de recréer l'atmosphère des safaris d'autrefois. Le prix élevé de la nuit est justifié par des prestations de qualité (suites, cuisine haut de gamme, safaris à pied, à cheval, en bateau, etc.).

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Namibie

La Namibie, pays développé et plutôt épargné par les problèmes d'insécurité, présente aussi la possibilité d'organiser soi-même ses safaris dans certains parcs, comme Etosha, Khaudum, Mahango, Bwabwata, Mamili, Mudumu. Même si avec une voiture standard, on peut circuler dans la quasi totalité du pays sur des routes goudronnées et des pistes bien entretenues, un 4X4 est indispensable dans la plupart des parcs et réserves, excepté Etosha et la partie orientale de Mahango. Comme en Afrique du Sud, le prix d'entrée des parcs est peu élevé.

L'hébergement offre une grande palette de possibilités : lodge, hôtel, guest house (chambre d'hôte), guest farm (gîte rural), guest ranch (ranch d'accueil), auberge de jeunesse (en ville), camping (privé, communautaire ou gouvernemental). A ce titre, la Namibie se démarque grandement du reste de l'Afrique.

Le parc le plus visité de Namibie, Etosha, couvrait à sa création en 1907 une superficie de plus de 90 000 km² (équivalent au Portugal). Il est à présent réduit à 22 275 km². Les visiteurs n'ont accès qu'à 1/3 du parc mais peuvent y voir un riche éventail de la faune africaine. Les points d'eau à Etosha sont sans aucun doute les meilleurs endroits d'Afrique pour observer les animaux. A noter que dans le nord de la Namibie, les parcs de la bande de Caprivi présentent un aspect beaucoup plus verdoyant que dans le reste du pays, rappelant à bien des égards le delta de l'Okavango tout proche.

Etosha

Tanzanie

Dès  les  années  1960,  la  Tanzanie  a  fait  le choix d'un tourisme respectueux de son environnement. Des safaris étaient déjà organisés dans la région à partir des années 1920, quand le pays sous mandat britannique s'appelait encore le Tanganyika. De nos jours, les infrastructures routières et hôtelières très peu développées ainsi que la configuration des parcs nationaux nécessitent de passer par une agence de safari pour visiter les beautés naturelles de la Tanzanie. Le prix d'entrée des parcs et réserves paraît quelques fois exorbitant, mais le pays a des atouts incontestables : mont mythique du Kilimanjaro, paradis perdu du Ngorongoro, vaste écosystème du Serengeti où se concentre la plus grande densité d'herbivores au monde.

Il faut savoir que les parcs et réserves du sud du pays (Rungwa, Ruaha, Mikumi, Selous, Kitulo, Udzungwa Mountains) sont largement moins visités que ceux du nord et permettent de découvrir une Afrique encore sauvage, loin des foules. En effet, il est parfois frustrant de devoir se frayer un passage parmi une trentaine de 4X4, minibus ou camions pour pouvoir photographier un léopard dans un acacia.

Steve_Forney

Zambie et Botswana

La Zambie et le Botswana ont opté pour un tourisme de luxe. Les safaris y sont organisés par des lodges appartenant à des groupes, souvent sud-africains. Cependant, pour ceux qui se sentent une âme d'aventurier, il est possible de visiter ces parcs en autonome, à condition de disposer d'un 4X4 que l'on saura conduire de manière experte, et de voyager en dehors de la saison des pluies.

La  Zambie est un pays vierge, encore peu visité. Sa population est surtout concentrée dans les grandes villes, ce qui a facilité la création des parcs nationaux, lesquels couvrent 1/5 du territoire national. Trois zones en particulier se distinguent par leur unique beauté : le Parc National South Luangwa, le Parc National Kafue et le Parc National Lower Zambezi. Les opérateurs y sont volontairement restreints et soumis à des lois très restrictives. Si l'on veut éviter les prix prohibitifs des lodges, quelques campings permettent de se loger à moindre coût.

Botswana

Le delta de l'Okavango au Botswana est un autre sanctuaire épargné par le tourisme de masse. Il est divisé en concessions gérées par des lodges privés qui offrent des prestations exclusives, comme des safaris à pied, en pirogue (mokoro) ou à dos d'éléphant d'Afrique.

En raison de l'environnement marécageux, beaucoup de lodges ne sont accessibles que par avion privé. Dans ces conditions, les possibilités de visiter le delta par soi-même sont minces, mais la réserve de Moremi juste à côté permet au voyageur indépendant d'organiser soi-même ses safaris, à condition d'avoir un 4X4 et d'être parfaitement autonome. La carte Shell est la meilleure pour se repérer dans la réserve, dont les pistes ne sont pas toujours bien signalisées. Des campings publics offrent des nuitées à prix dérisoires pour la région.

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Mozambique

Après sa longue guerre civile achevée en 1992, le Mozambique tente depuis quelques années de s'ouvrir au tourisme. En 2003, l'association du Parc National Limpopo (Mozambique) avec le Parc National Kruger (Afrique du Sud) et le Parc National Gonarezhou (Zimbabwe) a vu naître une réserve animalière de 35000 km² par la création du Parc Transfrontalier du Grand Limpopo, première phase d'un sanctuaire qui à terme devrait être la plus grande ère de conservation du monde avec ses 99800 km2. Toutefois, le Mozambique nécessite encore d'importants investissements pour pouvoir mettre en place les infrastructures  indispensables au développement des safaris. Sa faune ayant beaucoup souffert lors des combats entre guérillas, les couloirs biologiques créés par le Grand Limpopo permettront de redynamiser ses populations de mammifères.

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Zimbabwe

Malgré  d'énormes  potentiels,  le  Zimbabwe  reste  une  destination difficile. Depuis son élection à la présidence en 1988, Robert Mugabe a conduit une politique désastreuse sur fond de haine raciale qui a ruiné le pays. Avec une inflation au taux record de 100 580, 2 % en janvier 2008 et de graves pénuries d'essence, il paraît compliqué d'organiser son séjour. Aussi un tour-operator est-il indispensable pour visiter le pays. Mais l'on peut aussi faire des incursions de quelques jours à partir des pays limitrophes en emportant avec soi des provisions d'essence et de nourriture. Le site des chutes Victoria reste la principale attraction des visiteurs séjournant au Zimbabwe. Il faut espérer que des jours meilleurs apporteront une stabilité politique plus propice au tourisme.

Chutes_Victoria

Ouganda

Pour  finir,  l'Ouganda  est  encore une destination hors des sentiers battus qui mérite le détour car on peut y découvrir une grande diversité d'écosystèmes : le parc Queen Elizabeth offre des paysages de savane où l'on trouve la faune habituelle de fauves, d'antilopes, d'éléphants et de buffles, les lacs et fleuves sont peuplés d'hippopotames et de crocodiles, et la forêt tropicale abrite 19 espèces de primates dont les très attachants gorilles et chimpanzés...

Il est possible d'organiser son propre séjour en louant un 4X4. Les routes sont plutôt bien entretenues, et des campings bon marché sont présents dans tous les parcs. On évitera cependant la partie nord du pays, où sévit une guérilla endémique. Le reste du pays ne pose pas de problème de sécurité, et l'on pourra découvrir la gentillesse d'un peuple éduqué et accueillant. A noter que le prix de la visite aux gorilles de montagnes à Bwindi et Mgahinga est passé de 375 $ à 500 $ en 2008. C'est le prix à payer pour la protection de ces primates dont il ne reste que 700 spécimens dans le monde.

Gorille

Conclusion

Un  safari coûtera toujours assez cher car le prix final inclut des frais incompressibles : billets d'avion, taxes d'aéroport, visas, assurances, location de véhicule, essence, droits d'entrée des parcs et réserves, hébergement, nourriture, matériel photographique, vaccins, traitement anti-paludéen, etc. Dans le cas d'un tour organisé, il faut ajouter la rétribution de votre équipe sur place (guide, chauffeur, éventuellement cuisinier) ainsi que la commission de votre agence de voyage.

Le prix d'un safari augmente d'années en années, mais cette sélection par l'argent, bien qu'objectivement très injuste, permet de limiter la fréquentation des parcs. Lorsqu'ils sont trop nombreux en effet, les visiteurs deviennent une nuisance pour la faune et la flore : ainsi au Masaï Mara, d'irrémédiables ornières ont été creusées par les énormes camions overland des touristes, et les guépards ont beaucoup de mal à chasser depuis de nombreuses années, car ils sont constamment dérangés par plusieurs dizaines de véhicules qui s'agglutinent auprès d'eux.

Quand il est accompli dans le respect de l'environnement, un safari est en quelque sorte un acte écologique car il finance directement la conservation des sanctuaires animaliers : de fait, les devises étrangères apportées par l'écotourisme aident à lutter contre le braconnage en payant les (maigres) salaires des rangers, incitent les autorités sur place à créer de nouvelles zones protégées, et apaisent grandement les tensions locales avec la faune en apportant du travail aux populations qui vivent à proximités des parcs (artisanat, visites guidées, campings communautaires). Par ailleurs, l'impact du tourisme de masse sur les écosystèmes est minimisé autant que possible, car les safaris s'effectuent dorénavant dans le cadre de législations de plus en plus coercitives. Le plus important est sans doute que les animaux soient devenus plus rentables vivants que morts...

Sc_ne_dans_le_Masai_Mara

                                                                                                                                                                Les plus beaux sanctuaires d'Afrique existeraient-ils de nos jours sans la mouche tsé-tsé ? 

                                                                                            Mouche_tse_tse

Les espèces animales ont toujours été classées comme bonnes ou mauvaises par les Hommes en fonction de ce qu'elles pouvaient leur apporter. La nature bien sûr est plus subtile que ce manichéisme simplificateur.

La mouche tsé-tsé est un fléau si l'on considère qu'elle tue des milliers de personnes tous les ans. Certaines mouches en effet sont infestées par un trypanosome (Trypanosoma brucei gambiense, T.b. rhodesiense) qu'elles peuvent transmettre aux êtres humains. L'affection, appelée trypanosomiase africaine, est plus connue sous le nom de maladie du sommeil.

Quatre autres espèces de trypanosomes (Tryponosoma brucei brucei, T. congolense, T. vivax, T. simiae)  s'attaquent également au bétail, et  environ 3 millions de vaches, chèvres et moutons meurent ainsi chaque année de cette maladie parasitaire appelée nagana. C'est la raison pour laquelle les tribus pastorales africaines n'ont jamais pu coloniser certaines zones de savane et de forêt où sévissait la trypanosomiase.

On peut donc estimer que la mouche tsé-tsé est aussi une chance, car elle a permit de conserver intactes de vastes régions d'Afrique où s'épanouissent une faune et une flore d'une grande richesse. Il ne fait aucun doute qu'autrement ces sanctuaires auraient été détruits depuis longtemps par les activités humaines...                                                                           

Posté par Emmanuel THERET à 11:39 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Ashante!

merci pour ce "cours" sur le safari. C'est très riche et très complet. Je suis comme vous habitée par l'Afrique, surtout l'Afrique Australe. J'y retourne en avril pour 2 semaines seulement.
J'ai appris plein de choses aujourd'hui grace à vous et pourtant depuis 10 ans j'en ai lu des articles, des livres sur les explorateurs, les réserves,... Merci encore
Lilisabeille

Posté par lilisabeille, 09 mars 2009 à 13:58

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